Carl-Éric Hudon - Contre le tien Ananas Bongo Love - Au moment de sa disparition...

Le dernier album de Carl-Éric Hudon, Contre le tien Ananas Bongo Love,  est conçu comme un récit dans lequel les chapitres seraient dans le désordre.
Photo: Jacques Grenier Le dernier album de Carl-Éric Hudon, Contre le tien Ananas Bongo Love, est conçu comme un récit dans lequel les chapitres seraient dans le désordre.

Il y a environ trois semaines est arrivée dans le courrier une enveloppe des plus anodines. Blanche, un banal timbre du Canada, avec l'adresse du Devoir écrite à la main. À l'intérieur, une lettre anonyme. Une phrase: «Contre le tien Ananas Bongo Love.» Et en bas de celle-ci, une adresse Internet, menant à la vidéo en noir et blanc d'une personne ligotée au sol. Pendant qu'on entend une pièce musicale jouée au loin, on peut lire sur le dos du détenu: «27/01/09».

Non, ce n'est pas la date de lancement de la prochaine exposition avant-gardiste d'une galerie branchée, ni celle d'un festival de courts métrages trash, mais plutôt celle du deuxième album de Carl-Éric Hudon, où l'auteur-compositeur-interprète s'offre visiblement une petite révolution musicale, tant sur la forme que sur le fond.

Le Carl-Éric Hudon que l'on a entre autres connu avec son premier album Les tempêtes que l'on avale, comme musicien d'Émilie Proulx ou en duo avec Dany Placard, nous avait habitué à une approche folk, aux textes narratifs et à une ambiance triste et sombre. Avec Contre le tien Ananas Bongo Love — oui, oui, c'est le nom de l'album réalisé par Navet Confit —, le voilà qui sort volontairement de ses ornières et qui fonce dans une musique plus exploratoire.

«J'avais envie de briser mes réflexes, de me donner des défis. J'ai beaucoup travaillé avec les contraintes», raconte Hudon, 26 ans, qui s'est amusé, par exemple, à construire une chanson avec un seul accord, où c'est la basse et non la guitare qui fait évoluer la pièce. «Je voulais vraiment un disque où il y a de bonnes chansons, que tu peux chanter en soi, mais où il y a aussi plusieurs niveaux de lecture. J'avais envie de défier le monde.»

Un grand malheur

La pochette plutôt sobre de ce disque rappelle clairement une couverture de bouquin, quelque part entre les Éditions de Minuit et Gallimard. «En faisant la référence au livre, ça donne des pistes; il faut voir ça comme un tout qui se tient, explique Hudon, en se gardant bien de dévoiler toutes les pistes. Il y a un récit sur le disque, qui n'est pas clair, et c'est voulu comme ça. Ce sont comme des chapitres qui sont placés dans le désordre, et il manque la conclusion.»

En filigrane de la plupart des pièces de Contre le tien Ananas Bongo Love, on trouve le spectre de la mort, ou bien, de façon plus inclusive, de la disparition. Les textes sont peuplés d'ambulances, de catastrophes, d'entremêlements, de jeunes filles dans des draps blancs. Intrigant et mystérieux, cet album fait penser à l'univers de la pièce Signe distinctif, de Richard Desjardins.

«Dans le disque, il y a quelqu'un qui disparaît, dans Jolie fille, dans Tous les hélicoptères, dit le fan de David Lynch. Je vois ça un peu comme l'assassinat de François-Ferdinand d'Autriche, qui a mené à la Première Guerre mondiale... dans le sens où il y a quelque chose d'arraché, quelque chose de vrai, de pur, qui va mener à un grand malheur.»

C'est donc un univers bien loin de ceux de Lanternes chinoises ou d'On ira prendre un verre qui nous attend. «J'avais la crainte de m'aliéner mon public de chanson, avoue le chanteur. Mais c'est important d'oser, de grandir musicalement, et d'offrir quelque chose qui n'est pas fait pour plaire immédiatement. J'espère faire quelque chose qui va vivre plus longtemps qu'un party.»

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- Lancement le 30 janvier au Patro Vys, à Montréal, à 21h30. Entrée libre.

- Vous pouvez télécharger gratuitement un mini-album de cinq chansons de Carl-Éric Hudon au www.carlerichudon.ca.

À voir en vidéo