Bruce Springsteen, le nouvel album - Chanter en travaillant

Bruce Springsteen se produisait pour Barack Obama le 2 novembre dernier.
Photo: Agence Reuters Bruce Springsteen se produisait pour Barack Obama le 2 novembre dernier.

Magic, le précédent Springsteen, a tout juste quinze mois dans les jambes. Quinze mois pour faire le tour du monde avec le E Street Band, suer sang et eau presque un soir sur deux, se dépenser comme personne ne se dépense, multiplier les rallyes politiques pour Obama, et puis voilà: un autre Springsteen, juste à temps pour le show de la mi-temps au Superbowl XLIII, le 1er février. Working on a Dream en est le titre, et il est bien nommé. Rapport à une éthique du travail. Notre Bruce, tel Obama, est un discipliné, un vaillant. Même le rêve d'un monde meilleur est basé là-dessus: quelque chose comme du pragmatisme avec du souffle.

C'est à se demander quand il l'a fait, ce disque, avec ses fidèles gars du E Street (y compris le regretté claviériste Danny Federici, à qui l'album est dédié): dans les interstices, faut croire. Écrit, composé dans les chambres d'hôtel. Les sessions organisées en cours de route (cinq studios dans cinq villes!). On pense aux Beatles, qui roulaient à deux albums et trois 45-tours par année. Saine méthode, finalement: produire fait produire. Question d'intensité. Question d'urgence, aussi: le E Street ne rajeunit pas (Clarence, le «big man» du saxo, a fêté ses 66 ans), l'esprit de corps est à son summum en tournée, autant en profiter.

Et ça donne quoi? Une sorte de suite. Working on a Dream est réalisé par le même Brendan O'Brien que pour Magic, et cela s'entend. C'est l'approche pop formidablement efficace de Magic, avec des refrains gagnants partout et des hameçons («hooks») à tous les détours. Essayez de résister à l'intro Beach Boys de This Life, à la phrase-clé Working on a Dream répétée vingt fois sur fond de clochettes springsteeniennes, à l'intro CCR de Tomorrow Never Knows, à l'intro Byrds de Surprise, Surprise: c'est à nouveau farci de repères jouissifs. C'est le son de Magic, immense, mais en plus orchestré, expansion naturelle: plus de cordes, plus d'espace, plus de... souffle. Toujours le souffle. Working on a Dream est un album top cardio.

Et un album d'espoir. Réaliste et optimiste en même temps, envers et contre tout. Il y a encore et toujours ces chansons à propos d'hommes et de femmes qui ne l'ont pas facile (et d'abord The Wrestler, chanson principale du film du même nom), mais il y a aussi la belle histoire d'amour d'un type épris d'une caissière de supermarché (Queen of the Supermarket), et ces constats émouvants sur ce qui a été accompli et ce qui reste à accomplir (This Life, Kingdom of Days). Tel Obama, Springsteen paraît à la fois content et humble sur la photo de pochette. Vivre selon des valeurs élevées n'est pas facile, semble-t-il signifier. Mais il donne l'exemple et fournit de quoi faire le plein d'énergie et de courage. Notez: l'album existe aussi en édition limitée, avec 40 minutes de «making of» en DVD.

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Working on a dream, Bruce Springsteen, Columbia - Sony

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