Vitrine du disque

Classique - Sibelius, Chevauchée nocturne et lever du soleil. Pan et Écho. Balshazzar's Feast (suite). Deux pièces pour orchestre op. 45. Kuolema (Mort) op. 44 et 62. Orchestre symphonique de Nouvelle-Zélande, Pietari Inkinen. Naxos 8.570 763. - Le Finlandais Pietari Inkinen est assurément un jeune chef à suivre. Il nous donne ici, à la tête de son orchestre néo-zélandais, un disque Sibelius très solide et qui sort des sentiers battus. Il n'y a pas tout à fait la profondeur mystérieuse des accents dans la montée du soleil de Chevauchée nocturne et lever du soleil, mais par ailleurs les atmosphères sont rendues avec justesse et le spectre sonore très clair est vraiment celui qui convient à Sibelius. On admirera la poésie de Pan et Écho, la pondération et les accents orientalisants de Belshazzar's Feast. Le disque gagne ensuite en densité au fur et à mesure de son avancée. Les Pièces op. 45 comprennent notamment l'admirable Dryade, alors que Kuolema regroupe les quatre pièces des opus 44 et 62, c'est-à-dire Valse triste, Scène avec grues, Canzonetta et Valse romantique. Tout cela, d'une parfaite tenue et d'un merveilleux raffinement, forme un complément intéressant à toute discothèque Sibelius. - Christophe Huss

Classique - Busoni, Fantasia contrappuntistica. Fantaisie et fugue sur Ad nos, ad salutarem undam (Liszt, arr. Busoni). Andantino du 9e Concerto pour piano de Mozart (arr. Busoni). Hamish Milne. Hyperion CDA 67677 (SRI).

Avant Marc-André Hamelin, il y eut un «wannabe Hamelin», du nom de Geoffrey Douglas Madge, qui se voulait le grand spécialiste de l'injouable et a occupé l'espace discographique consacré à Ferruccio Busoni pendant de trop longues années. Il y a pourtant plus de musique et de finesse dans Busoni que ce que Madge nous en a laissé entendre. C'est ce que prouve ce disque bienvenu. Hamish Milne est lui aussi un spécialiste des répertoires un peu marginaux, et si sa personnalité musicale n'est pas foudroyante, au moins il ne se prend pas pour un autre. Le grand avantage de son disque Busoni est la sobriété. Milne est là pour clarifier ces oeuvres, pas pour faire du tapage sonore, de l'esbroufe et de l'épais. Du coup, la Fantasia contrappuntistica devient un jeu intellectuel fort intéressant et moins intimidant. Maintenant que Busoni a été décapé, il reste un espace interprétatif pour un pianiste plus subjectif, aux sonorités plus denses. En attendant, les pendules ont été remises à l'heure! - Christophe Huss

Compilation - 17 succès de la chanson française interprétés en italien, Artistes originaux, Disques XXI - Universal - Dep

Il fut un temps où, pour flatter les marchés dans le sens du trottoir, les as de la glotte et autres vedettes de la bluette s'époumonaient dans la langue de boeuf de l'acheteur potentiel. Surtout dans l'Europe du Marché commun des années 60, ça marchait fort. Un Christophe déclinait son Aline en n'importe quoi sauf en latin vulgaire. Parfois c'était grotesque (France Gall gutturale?). Parfois c'était bath. L'italien, pour les ballades, ça coulait comme du minestrone dans la gorge. Ça méritait une compil, que voilà, et quel choix! Les ritals d'origine excellent à la manoeuvre, de Nino Ferrer à Cocciante et d'Adamo à Reggiani (Vostra figlia ha vent'anni...). Jojo et son Que je t'aime national, devenu Quanto t'amo, c'est carrément géant: l'Etna, c'est lui! Gréco en italien? Plus cochonne! Ferré? Beau à en pleurer. Dalida? La plus Italienne des Égyptiennes. Un régal. Tout bon sauf Delpech. Le divorce à l'italienne, c'était meilleur avec Mastroianni dans le premier rôle. - Sylvain Cormier

Instrumental - Rodéoscopique, Rodéoscopique, Audiogram - Sélect

Crise pas crise, ça crée. Ici, plus que jamais, surgissent des projets singuliers et fascinants. Rayon musique instrumentale, c'est carrément le bouillonnement. Après le Magneto des compères Haworth, Clavette et Légaré, après l'Antonio de David Brunet et ses tas d'amis, voici Rodéoscopique, collectif improbable et jouissif, fomenté par le guitariste-compositeur Antoine Berthiaume. Le zig zigonne généralement dans les parages du label Ambiances magnétiques: un musicien à la Marc Ribot, capable de tout dans tous les genres. Son idée? Une trame sonore sans film de musique western postmoderne, ou quelque chose d'approchant. Ses complices? Le même Rick Haworth (réalisation, pedal steel), Philippe Lauzier aux cuivres, Guido Del Fabbro aux violons, Stefan Schneider aux percussions, Pierre-Yves Martel à la contrebasse, Mélanie Auclair au violoncelle. Ce que ça donne? Des guitares qui démarrent, des musiques qui décollent en jazz ou en prog. Libre et magnifique et complexe et brillant. - Sylvain Cormier

Monde - Africa Reggae, Artistes variés, Putumayo / Koch

Le 6 février prochain marque le 64e anniversaire de naissance de Bob Marley. De son vivant, il voulait déménager en Afrique, avait exercé une influence considérable sur le continent noir et, dès la fin des années 70, il expérimentait déjà les mélanges avec la musique africaine. Cette compilation rend hommage à son héritage, qui descend de ce que les rastas qualifiaient de Congo, c'est-à-dire l'Afrique, ou le vieux pays. À l'heure de l'obamanie, les connexions entre le Nouveau Monde et une forte partie de ses racines ne sauraient être plus brûlantes d'actualité. Reggae roots en dominance, reggae mandingue avec l'Ivoirien Ismael Isaac, reggae r&b sud-africain avec Zoro, reggae mystique à la kora avec Nino Galissa ou Ba Cissoko en duo avec Tiken Jah, reggae teinté d'harmonies vocales avec le Bissao-Guinéen Nino Galissa, reggae afro rock avec le Nigérian Majek Fashek: tout cela est bellement illustré et les découvertes sont nombreuses. - Yves Bernard

Jazz - Joshua Redman, Compass, (Nonesuch)

Sur la pochette du dernier Redman, quatre noms en plus du sien: un calcul rapide nous indique donc qu'il joue en quintet. Sauf que... même pas. Redman développe ici un concept pas piqué des vers, qui consiste à se produire avec un «double trio». Brian Blade (batterie) et Larry Grenadier (contrebasse) font équipe d'un côté, Gregory Hutchinson (bat.) et Reuben Rogers (ctb.) de l'autre. Mais parfois non: il y a de fait des pistes en quintet, double trio autour du ténor majestueux de Redman. On pèse le mot: majestueux. Poursuivant plus avant le travail entrepris l'an dernier sur Back East (lui-même inspiré de Way Out West, de Sonny Rollins — 1957), Redman atteint ici ce qui semble être un sommet. Sommet de maturité musicale, d'audace, de puissance nuancée, de douceur pimentée, de qualité de dialogue avec ses musiciens, d'aisance dans l'expression des lignes mélodiques et harmoniques. Du très grand jazz pour lancer bellement 2009. - Guillaume Bourgault-Côté

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