Vitrine du disque

Classique - LASSUS, Cantiones Sacrae sex vocum. Collegium Vocale Gent, Philippe Herreweghe. Harmonia Mundi HMC 901 984 (SRI). - Pour qui aime la musique ancienne et ses plus belles polyphonies a cappella, ce disque est un petit miracle. Philippe Herreweghe a beau tenter de nous convaincre qu'il est fait pour Beethoven, Schumann ou Bruckner, il n'est jamais plus convaincant que lorsqu'il aborde Schütz, Bach ou Lassus. Les Cantiones sacrae à six voix sont en quelque sorte, comme le souligne à juste titre l'éditeur, le chant du cygne de Roland de Lassus, les oeuvres où la polyphonie au service du Verbe est la plus rigoureuse et la plus complexe. Servis par une prise de son qui donne à l'ensemble un cadre acoustique idéal, le Collegium vocale de Gand et Philippe Herreweghe nous donnent une interprétation d'un recueillement exceptionnel, qui joue sur le déploiement des lignes vocales dans un espace-temps large et apaisé. C'est cette avancée tranquille qui fait le prix de l'interprétation, une sérénité rendue possible par l'extraordinaire fiabilité du choeur au niveau de l'intonation et la suprême homogénéité de ses pupitres. Accomplissement sans équivalent sur le marché. - Christophe Huss

Classique - PERGOLÈSE, Missa romana (1734). Alessandro Scarlatti: Messa per il santissimo natale. Concerto italiano, Rinaldo Alessandrini. Naïve OP 30461 (Naxos).

Qu'on se le dise, Rinaldo Alessandrini sera en récital à Montréal dans le cadre de la saison de Clavecin en concert le 6 février prochain. L'organiste et claveciniste s'est aussi (et surtout) fait connaître en tant que chef du Concerto italiano, avec lequel il explore le répertoire vocal italien depuis plus de 15 ans. Giovanni Battista Pergolesi, Rinaldo Alessandrini le connaît bien, puisqu'il a enregistré, avec Sara Mingardo et Gemma Bertagnolli, une version de référence du fameux Stabat Mater. Ce qu'on oublie souvent, s'agissant de Pergolèse, c'est la brièveté de son existence: 26 ans (1710-1736). Neuf messes lui ont été attribuées, mais deux seulement sont authentiques et ce sont des Messes brèves (Kyrie et Gloria), apprend-on dans la notice de présentation. On retrouve dans cette intéressante Missa romana les tournures auxquelles le Stabat Mater nous a rendu familier et on n'en regrette que davantage la disparition précoce de ce compositeur. Couplage logique avec la Messe de Noël du père de la musique sacré italienne du XVIIIe siècle, Alessandro Scarlatti. - Christophe Huss

Chanson - L'ENTREDEUX, Marianne Dissard, Trop exprès

C'est une Gréco de l'Arizona, une Adjani hallucinée au peyote, une Françoise Hardy passée à l'ouest... de la rivière Pecos. Une Marianne des Pyrénées débarquée ado en plein désert il y a 20 ans, et adoptée par un «posse» d'artistes américains francophiles, dont les gars du groupe Giant Sand, futur Calexico. Un bon jour de 2004, Joey Burns dudit Calexico en a fait sur scène la Bardot de son Gainsbourg, la Bonnie de son Clyde, et la documentariste en devenir est devenue une sorte de chanteuse. En a découlé ce premier album de chansons western-pop de film noir imaginaire, qui a d'abord existé à l'état de démos, ses poésies et les mélodies de Joey Burns et de son ex-mari Naïm Amor se rencontrant tout naturellement à la ligne d'horizon. C'est délicieux et sulfureux, parfois yéyé (Trop exprès, véritable hommage à Jacqueline Taïeb) et tout le temps panoramique, atmosphérique et tout ce que vous voulez en ique. Et c'est en spectacle à la Casa del Popolo ce soir, à 21h, en doublé avec Krista LL Muir. - Sylvain Cormier

Jazz - Senzo, Abdullah Ibrahim, (Intuition)

Le vieux Abdullah (74 piges et des poussières), aka-Dollar Brand avant sa conversion à l'islam, a quelque chose d'un griot: son jazz est fait de poésie et d'histoires livrées dans le satin d'une musique riche, à la fois douce et puissante. Il raconte toujours d'une manière ou d'une autre son Afrique du Sud et Cape Town. Sacré bon jazz à la clé. Mais jamais ce talent de storyteller ne nous était apparu plus éloquent que sur ce solo piano enregistré l'an dernier à Cologne: en 22 pièces ininterrompues — Ibrahim est un maître de la transition —, le pianiste raconte tout de lui. Le respect des grands (Duke qui l'a découvert, Coltrane, Monk), l'amour de l'Afrique, celui des mélodies vives, des harmonies profondes et des rythmiques décalées. C'est là tout Ibrahim: jazz lyrique, fluide, signifiant, porteur, rempli de nuances, de silences, d'envolées, d'une intimité naturelle. Un jazz touchant au plus près l'humanisme, version musique. - Guillaume Bourgault-Côté

Monde - COBA COBA, Novalima, Cumbancha

Après les Susana Baca, Eva Ayllón, Peru Negro et autres figures de proue de la musique afro péruvienne, voici le groupe qui révolutionne présentement le genre depuis Lima. Mais cela n'a pas toujours été le cas puisque, au départ, les DJ producteurs à l'origine du groupe s'échangeaient des quatre coins du monde leurs idées musicales par Internet, l'afro péruvien n'étant alors que l'un des éléments de leur mélange de musique latine et d'électronica. C'est seulement après que le déclic s'est fait avec de véritables musiciens. Tout cela transparaît dans la musique. Si l'instrumentation, la polyrythmie ou le chant afro péruviens demeurent en avant, Novalima prend ses distances par rapport à la tradition. Percussions fondues dans le dub, lourde basse funky, montages rapides de cuivres et de dialogues vocaux, reggae métissé, électro minimaliste sur des rythmes complexes, accents cubains, couleurs salsa, rap en espagnol: dans l'ensemble, c'est réussi. - Yves Bernard

Duos - LE BAL DES GENS BIEN, Adamo et invités, Polydor-Universal - Dep

Au tour d'Adamo l'album de duos. Circonspection oblige: c'est trop la mode en France, le carton Delpech a fait des émules et provoqué des gâchis: l'Aznavour, récent exemple, est une mocheté planétaire. Gros noms, zéro émotion. Ça s'explique: on s'est envoyé les pistes de voix par le Web. Adamo a compris: un duo, c'est du contact. On se colle, on se regarde, on sue, on se postillonne dessus. Des exemples? Bénabar et Adamo qui rivalisent de politesses en s'échangeant Vous permettez, Monsieur?. Jeanne Cherhal qui se love au Salvatore à chaque note de La Nuit. Renan Luce qui hume J'avais oublié que les roses sont roses et le plus italien des Belges qui exhale de plaisir. Ou encore Souchon qui saisit à bras-le-corps l'occasion que lui offre Adamo de reluquer ensemble Les Filles du bord de mer. Et ainsi de suite. L'atmosphère est bon enfant, les airs respirent d'aise, c'est la grande classe et la bonne franquette. Ni Sting ni bling bling: rien que des gens bien qui se font du bien. - Sylvain Cormier