Les dix meilleurs spectacles anglos de 2008

L’inoubliable spectacle de Sir Paul McCartney sur les Plaines d’Abraham, à Québec, le 20 juillet dernier.
Photo: Agence Reuters L’inoubliable spectacle de Sir Paul McCartney sur les Plaines d’Abraham, à Québec, le 20 juillet dernier.

Quand je pense que l'éblouissant spectacle tout de blanc vêtu de David Byrne n'est pas dans cette liste, pas plus que le formidable party rock'n'roll de John Fogerty à Shelburne, au Vermont, ni même Dylan ou Madonna au Centre Bell, je me dis qu'on a vraiment eu de la grande, de la très grande visite chez nous et dans les alentours cette année. Et que les légendes du rock ont non seulement été vivantes, mais en redoutable forme. Que les gamins en prennent de la graine.

1. Paul McCartney sur les Plaines d'Abraham. Ce soir-là, j'étais à Spa. Assistant à mon show de l'année en français de France dans le texte: Vanessa Paradis avec - M - et compagnie. N'empêche que ça me travaillait les intérieurs: Paul à Québec, ç'aurait dû être l'apothéose d'une vie de beatlemaniaque. La vérité est qu'il m'a fallu un mois pour oser regarder le DVD. Avec des écouteurs, le nez collé sur l'écran, j'ai fait comme j'ai pu pour y être. Et juré craché, j'y étais un peu. À Too Many People, j'ai éclaté en gros sanglots. Deuil et bonheur à la fois. Alors voilà: c'est mon show de l'année quand même.

2. Leonard Cohen à la salle Wilfrid-Pelletier de la PdA (FIJM). Il s'est amené sur scène au petit trot, comme pour signifier: hé, hé, pas encore grabataire. Trois heures plus tard, on y était encore, et Leonard Cohen trottinait de rappel en rappel. Il était content, nous étions heureux, le temps n'avait plus de prise sur les corps. Citant «the old baladeer», il nous a quittés sur ces mots: «Il y a longtemps que je t'aime / Jamais je ne t'oublierai... » Oublier? Nous nous souviendrons de tout.

3. Bruce Springsteen & The E Street Band au Centre Bell. Ce dimanche-là, je boitais. Inflammation au talon. Même assis, ça élançait encore. Et Bruce a chanté et j'étais sur pied, momentanément guéri. Oui, c'était un grand soir pour ne plus avoir mal nulle part, un grand soir pour guérir de tous les maux, y compris les maux de l'âme, du pessimisme au désespoir, en passant par la déprime de fin d'hiver. Ce soir-là, on a même commencé à croire à la victoire d'Obama.

4. Neil Young & His Electric Band au Centre Bell. Un géant à voix d'ange qui fait des grimaces à sa Les Paul, et qui en extirpe des sons que la Les Paul ne sait pas qu'elle a en elle. Sur la même note, le plus souvent. Et tient la note, et triture la note, et torture la note, et la corde donne du son, la corde souffre, la corde hurle, et toute la vie de Neil Young tient à cette corde étirée jusqu'à péter. Effarant Neil Young. Massive présence. Formidable masse en perpétuel mouvement.

5. James Taylor & His Band Of Legends au Centre Bell (FIJM). L'excellence au service du bon goût, l'Américain qu'on aime au service de l'Amérique qu'on aime. L'Amérique folk et country, soul et blues, doo-wop et rock'n'roll. L'Amérique de gauche et du gros bon sens, l'Amérique sensible et cultivée, l'Amérique enracinée, l'Amérique capable de parler français. L'Amérique du Great American Songbook, à la bonne franquette de la qualité supérieure.

6. John Mellencamp au Centre Bell. Rockeur au coeur rafistolé, Mellencamp affichait ses cicatrices, ses coutures, son âge: 56 ans. C'est lui qui l'a mentionné, c'est lui qui a évoqué ses 30 ans de rock'n'roll. Volonté de transparence, désir d'authenticité: avec lui, pas de chiqué. Pas question de faire le Jagger et de bondir partout: de toute façon, vouloir, Mellencamp ne pourrait plus. Danser, oui, un peu. Interpréter intensément? Pas de problème. L'attitude rock'n'roll, foi de «little bastard», demeure. Se battre, se battre encore et toujours.

7. k.d. lang à l'Olympia. Sensualité troublante. Maîtrise absolue de la puissance et de la douceur. Génie de l'interprétation qui lui permet de tout suggérer sans rien appuyer. Sophistication extrême des arrangements. Le spectacle de l'Albertaine, c'était tout ça. Un extraordinaire voyage sur la grand-route de la chanson américaine du dernier siècle, où jazz cool, country-swing souple, folk noble, ballades pop de crooner et showtunes de Broadway se rencontrent et, comment dire? Font l'amour? Quelque chose comme ça.

8. Eddie Vedder à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. Ils en étaient émouvants: trois mille anciens ados qui n'en revenaient pas d'être à Wilfrid pour un spectacle solo de leur Eddie, le chanteur de Pearl Jam. Vedder lui-même semblait parfois embarrassé par le contexte: quand il grattait furieusement sa sèche, on aurait dit qu'il voulait remplir un stade. Et puis il se calmait, revenait aux pickings de sa bande sonore du film de Sean Penn, Into The Wild. C'était cette sorte de spectacle, un peu écartelé entre le gars de Pearl Jam loin de son foyer et l'homme mûr assumant son projet personnel. Mais toujours le spectacle d'un homme entier, intègre, engagé.

9. Joe Jackson au Métropolis. Rien d'éblouissant, sinon la drôle de tête blanche de Jackson dans le rôle de l'ampoule électrique. Rien d'éblouissant, dis-je, pas même l'extraordinaire jeu d'ensemble des musiciens. Rien d'autre que de la musique pour ceux qui aiment la musique extraordinairement bien jouée, véritablement inspirée, totalement enjouée. La classe, la grande classe, la classe suprême.

10. Tina Turner au Centre Bell. Elle n'avait peur de rien, la Tina de 69 ans. Pas plus que la Tina frénétique des années 60 ou que la Tina triomphante des années 80, pas plus que la reine blonde de Mad Maxou ou que la James Bond girl. Tina soutenait toutes les comparaisons, les encourageait même, à grandeur d'écran géant, et elle resplendissait, du haut de sa passerelle, de sa plate-forme hydraulique, de sa grue à bras télescopique, et surtout du haut de ses vertigineux talons aiguille.

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