Consécration en mode Major

La première montréalaise du spectacle Rose sang, de Catherine Major, a été sa consécration, son triomphe, sa totale.
Photo: Marie-Hélène Tremblay La première montréalaise du spectacle Rose sang, de Catherine Major, a été sa consécration, son triomphe, sa totale.

En cette drôle de pas drôle d'année où je n'ai pas été au Spectrum parce qu'il n'y a plus de Spectrum, où je résiste obstinément à L'Étoile du DIX30 parce qu'il y a le monstrueux DIX30 autour de la nouvelle salle de spectacles, j'aurai quand même trouvé comme vous mes lieux et mon monde: question de désir. Prenez Catherine Major, ma championne de 2008. Où qu'elle aille, dorénavant, nous irons. Ou bien nous enverrons un ami. Mon copain Mohamed l'a dénichée au Divan du monde, à Paris, où elle était en octobre, en programme double avec JF Moran, et il n'en est pas encore revenu.

1. Catherine Major, au Club Soda. Sa consécration, son triomphe, sa totale. On le savait depuis son lever de rideau de Véronique Sanson, cet été aux Francos: son heure était arrivée. La première montréalaise du spectacle Rose sang allait être le soir où elle ne retiendrait rien de sa sensualité folle, où la chanteuse exulterait, la pianiste s'abandonnerait, où Catherine Major existerait entièrement pour la première fois. Eh ben, c'était ça. Voici Catherine Major illimitée.

2. Karkwa, au Club Soda. Non, je n'étais pas au happening Karkwatson. Mais Karkwa tout seul, c'était quand même une expérience plus que dense. Imaginez un spectacle où on peut fermer les yeux et voir la musique de l'intérieur, ou alors les garder ouverts et voir à travers la musique. Imaginez de la drogue sans drogue, de la musique en expédition du côté noir de la force: lancinant et hallucinant.

3. Sylvie Paquette, au Lion d'or. Transposer son magnifique album pop Tam tam à la scène semblait impossible. Elle l'a fait, et ça gagnait à la transposition. En humanité. En intensité. En vérité. Et ce, beauté de la chose, sans rien perdre du charme fou de l'habillage Daniel Bélanger de l'album. Paquette était parfaitement capable de s'habiller toute seule. Vingt ans de valeureuse et courageuse carrière ont abouti à ce bel équilibre entre forme et fond. Admirable.

4. Mutantès, de Pierre Lapointe, à la salle Wilfrid-Pelletier de la PdA (FrancoFolies de Montréal). On attendait la lune. On a eu l'homme. C'était non pas l'éblouissement continuel que nous fabulions, pas du tout le bombardement de tous les sens que nous pressentions, mais une sorte d'exploit: quelque chose comme du dépouillement spectaculaire. Une émouvante fable rétrofuturiste pour mutant seul. Qu'est-ce que ce sera devenu fin février, à Montréal en lumière? On ira voir, c'est sûr.

5. Clémence DesRochers, au Gesù. La dernière tournée. Pas l'adieu à Clémence, mais l'au revoir à la Clémence de tous ses one-woman shows. Une fois encore, le choc Clémence. Le rire aux larmes Clémence. La tendresse Clémence. La poésie Clémence. La truculence Clémence. Les trous de mémoire de Clémence. Et cette fois-ci, enfin, la part belle aux chansons de Clémence.

6. Isabelle Boulay, au Saint-Denis. Elles étaient toutes là. Toutes les Boulay en elle. L'Isabelle d'allégeance country, l'Isabelle des grandes ballades européennes, l'Isabelle sensuelle, l'Isabelle fille de band, l'Isabelle petite fille, l'Isabelle admiratrice des classiques de la chanson québécoise et même l'Isabelle rock'n'roll. Isabelle Boulay est devenue la chanteuse populaire au sens large qu'elle a toujours voulu être et elle chante désormais tout ce qui lui chante.

7. Sylvain Cossette, au Saint-Denis. Très peu pour moi, les groupes-hommage. Je me suis pourtant follement amusé à ce spectacle entièrement composé de reprises de grands succès des années 70. Dont plusieurs reproduits note pour note. Quelle différence? L'intention. Il s'agit moins de s'y croire, de faire semblant, que de partager: Cossette et son public communient. Célèbrent. Nostalgie sans arrière-goût, joie pure. Ni juke-box vivant, ni soirée karaoké grand luxe: du plaisir, rien que du plaisir.

8. Gilles Vigneault, Chemin faisant, au TNM. Une fois de plus en sa captivante compagnie nous sommes-nous trouvés. Rebonjour le geste sûr, tout son théâtre des bras et du visage, cette manière qu'il a de faire l'aile d'istorlet dans Si les bateaux, cet oeil incroyablement vif, ce trésor de petits appels du pied qui nous font chanter ce qu'il veut quand il veut. Ah! Qu'il était beau, Vigneault, fier de transmettre, plus content encore d'être là, au présent rayonnant de ses 80 ans, avec un brin d'essoufflement après la dernière gigue qui ressemblait à un clin d'oeil. Oui, semblait-il signifier, il y a l'âge, et puis après?

9. À propos de nos 20 ans, Jim Corcoran avec..., au Club Soda (FrancoFolies de Montréal). Un show à la Corco pour ses vingt ans de radio, qui témoignait de son amour immodéré pour la chanson francophone d'ici, de sa volonté inébranlable de la propager à la grandeur du Canada, tablant mordicus sur le principe selon lequel on est fort susceptible d'aimer ce qui est vraiment bon, pour peu qu'on y soit exposé. Goodbye les deux solitudes, welcome soleil. Un show sans frontières, où les invités se sont livrés à un fascinant jeu de chaise musicale. Wonderful stuff.

10. Susie Arioli, à l'Outremont. Difficile de procurer plus bel écrin à une chanteuse dont l'art consiste précisément à caresser: Susie Arioli, à l'Outremont, c'était du velours dans du velours. Du bien-être en tout confort. Qualité de la proposition, qualité du lieu, l'adéquation rêvée. L'oreille, l'oeil et la fesse en agrément absolu. Je pourrais continuer. J'en rajouterai, la prochaine fois.

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