Jazz - Art Blakey le messager

On aime Art Blakey comme on aime Louis Armstrong ou Duke Ellington, soit sans l'ombre d'un questionnement, sans l'ombre d'un doute, si on aime le jazz évidemment. On aime Arthur Blakey dit Buhaina parce qu'il était un combattant, un messager infatigable, un batteur «hénaurme» et un chef de groupe unique dans l'histoire du jazz. Et parce qu'il n'avait pas son pareil pour jouer une musique de feu.

Si aujourd'hui on évoque le travail de l'homme né à Pittsburgh, là où naquit également Kenny Clarke, l'homme qui a «inventé» la batterie moderne, c'est que les temps économiques se confondant avec une morosité qui n'a pas encore atteint son degré ultime, notre cher Blakey est propre à compenser en un tour de main les revers que tout cela suppose. En un mot comme en mille, acquérir des enregistrements Blue Note de Blakey à 10 $, c'est l'aubaine de l'année. La solde des soldes.

D'ailleurs, Jazz Magazine ne s'y est pas trompé, qui vient de consacrer au grand copain de Thelonious Monk un dossier imposant même s'il est quelque peu incomplet. Chose certaine, ce numéro arrive à point pour la bonne et juste raison qu'il met en relief une esthétique musicale toujours essentielle parce que toujours vivante, toujours d'actualité.

Ceux qui se souviennent de ses nombreuses prestations montréalaises, au In Concert d'abord et au Rising Sun ensuite, se rappelleront certainement que lorsque Woody Shaw n'était pas à la trompette, c'était Bill Hardman ou Valeri Ponomarev ou encore le jeune Wynton Marsalis qui y était. Et lorsque le saxophoniste ne s'appelait pas Carter Jefferson, il s'appelait Junior Cook, ou Dave Schnitter, ou Bobby Watson, ou encore Branford Marsalis.

En fait, on n'insistera jamais assez sur l'incroyable faculté que possédait Blakey pour dénicher des talents, des jeunes pousses qu'il formait avant de leur donner un coup de pied au derrière au moment qu'il jugeait opportun. Bref, lorsque Shaw ou Marsalis étaient mûrs pour voler de leurs propres ailes, il les mettait à la porte.

Toujours est-il que sont passés par sa formation les saxophonistes Johnny Griffin, Jackie McLean, Wayne Shorter et ceux nommés. Les pianistes Bobby Timmons, Cedar Walton, James Williams, Donald Brown, Walter Davis Jr, Mulgrew Miller. Les trombonistes Curtis Fuller, Frank Lacy, Steve Davis et d'autres qu'on oublie. On fait l'impasse sur les contrebassistes et on retient que les Jazz Messengers formaient l'université du jazz avec Blakey comme doyen. Au profit de qui? Miles Davis, Dexter Gordon, Johnny Griffin, Stan Getz et les canons du jazz qui débauchaient sans vergogne.

Cela dit, et à moins de posséder le catalogue de Blakey sur Blue Note et Riverside, on conseille dix fois plutôt qu'une l'achat à petits prix de ses grandes galettes. Parmi elles, The Big Beat, Free For All, Buhaina's Delight, A Night At Birdland Vol. 1 et 2. Tous ces albums ont ceci de commun et d'exemplaire qu'ils sont autant de versions dures, âpres et sans fioritures du «bibeaupe».

En rafale

Bonne, excellente nouvelle: le TGG, le Très Grand Groupe, soit le batteur Pierre Tanguay, le contrebassiste Normand Guilbeault et le saxophoniste Jean Derome se produiront tous les mercredis et jeudis de janvier au Upstair's à compter du 7 janvier. On doit insister sur le fait que les deux albums qu'ils ont publiés sur étiquette Ambiances magnétiques sont parmi les plus réjouissants, les plus pertinents, les plus décapants et joyeux qui soient. Ils mériteraient d'être à résidence dans un club pour au moins un an. Qu'on se le dise, leur livre de travail comprend pas moins de trois cents compositions; de Duke Ellington à Rashann Roland Kirk en passant par Billy Strayhorn et Derome.

***

La 10e édition du Off Festival de Jazz de Montréal se tiendra du 18 au 27 juin prochain. Et alors? Les organisateurs étant déjà à la tâche, ils viennent de rappeler que les musiciens souhaitant se produire dans le cadre de cet événement essentiel à notre horizon culturel ont jusqu'au 1er février pour envoyer leur dossier. L'adresse? Off Festival de jazz de Montréal, Comité de programmation, C.P. 60150, Montréal, H2J 4E1.

À voir en vidéo