Musique classique - Opéras en vidéo: l'offensive Blu-ray

La victoire du Blu-ray, dans la guerre des formats de vidéo domestique de haute définition, a été acquise il y a presque un an. La fin de l'année 2008 a donc vu un développement significatif de l'offre d'opéras sur Blu-ray. Si vous avez trouvé un lecteur sous le sapin, il y a quelques jours et que vous aimez l'art lyrique, voici quelques idées.

Ce n'est pas la première fois que nous vous parlons d'opéras en haute définition sur support Blu-ray. Il n'est donc pas inutile, dans un premier temps, de rappeler nos suggestions antérieures. Elles visaient notamment les parutions de l'étiquette Opus Arte, pionnière en la matière.

S'imposaient, en tout premier lieu, La Chauve-souris (Die Fledermaus) de Johann Strauss au Festival de Glyndebourne et la somptueuse Bohème de Puccini mise en scène par Giancarlo del Monaco à Madrid. Troisième titre majeur, parmi les premiers parus: La Cenerentorala de Rossini, scénographiée par Peter Hall.

Nous sont ensuite arrivées deux parutions du même niveau d'excellence: Gianni Schicchi de Puccini, avec Alessandro Corbelli et Felicity Palmer, ainsi que Zoroastre de Rameau, capté à Drottningholm sous la direction de Christophe Rousset.

Patience requise

La constitution progressive d'un catalogue sur un nouveau support est, pour l'acheteur, une école de la patience. Il est tentant, mais pas très avisé, de se ruer sur la première Traviata, la première Flûte enchantée, ou le premier Barbier de Séville en Blu-ray.

Si le Don Giovanni de Mozart dirigé par René Jacobs et édité par Harmonia Mundi est une de nos recommandations, La Flûte enchantée de Colin Davis à Londres est au mieux une «version d'attente», de même que Le trouvère de Verdi dirigé, toujours à Covent Garden, par Carlo Rizzi et Norma, filmée à Amsterdam

De manière surprenante, c'est aussi le cas du premier Blu-ray de l'éditeur Arthaus: La Traviata enregistrée à la Scala en 2007, mise en scène par Liliana Cavani et dirigée par Lorin Maazel, avec Angela Gheorghiu et Ramon Vargas, un spectacle luxuriant mais blasé et ennuyeux. Il faut absolument attendre La Traviata de Salzbourg, qui arrivera en Blu-ray chez DG début 2009.

Même constat pour le premier Blu-ray de Medici Arts: Le Chevalier à la Rose de Richard Strauss enregistré en tournée à Tokyo par la troupe de l'Opéra de Dresde, sous la direction fadasse de Fabio Luisi, et pâtissant de la prestation épouvantable de Kurt Rydl en baron Ochs.

Quant au Barbier de Séville publié par Decca, il prouve qu'un seul chanteur, même suprême (Juan Diego Florez) ne fait pas tout. On espère l'édition du Barbier du Met (DiDonato, Mattei, Florez), qui réglerait la question discographique pour longtemps.

Pour Carmen aussi, je suggère la patience. Le Blu-ray existant — Glyndebourne 2002, avec Anne Sofie von Otter — est excellent, mais nous allons recevoir dans les prochains mois, sur étiquette Decca, la Carmen de Covent Garden avec Antonacci et Kaufmann. Il convient d'attendre avant de choisir en connaissance de cause.

Nouveautés: le carré d'as

L'éditeur Universal vient de publier ses premiers Blu-ray classiques. Sans surprise, nous vous recommandons sans réserves, chez Decca, l'Eugène Onéguine de Tchaïkovski dans la mise en scène du Canadien Robert Carsen au Metropolitan Opera, l'une des meilleures parutions vidéo de 2008.

L'autre titre prioritaire chez Universal, sur label DG, est le Blu-ray des Noces de Figaro à Salzbourg en 2006, où la mise en forme télévisuelle de Bran Large rend justice au spectacle monté par Claus Guth et Nikolaus Harnoncourt, lecture (musicale et scénique) très exigeante presque «surjouée» expressivement, qui requiert à notre sens une connaissance préalable de l'oeuvre. Les néophytes attendront plutôt l'édition des Noces à Covent Garden (Opus Arte).

Changement de cap à 180 degrés — de la relecture pour intellos au luxueux spectacle pour tous — avec le Rigoletto de Verdi à Zurich: scénographie traditionnelle et riche, images splendides et une performance d'acteur saisissante, qui vaudrait à Leo Nucci, 63 ans, dans le rôle-titre, un «Oscar de l'opéra». La direction musicale honorablement conventionnelle de Nello Santi n'entache pas la force de ce spectacle édité par Arthaus.

Pour ceux qui veulent sortir des sentiers battus, le titre le plus original (déjà présenté ici en DVD «normal») est L'Amour des trois oranges de Prokofiev capté à Amsterdam en 2005. La mise en scène est de Laurent Pelly, la direction musicale de Stéphane Denève. On ne peut pas rêver mieux, et Opus Arte est à remercier pour avoir choisi en priorité ce titre précieux.

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