Spectacle - Du reel à la tarentelle

Yves Lambert, Marco Calliari et toute leur compagnie
Photo: Yves Lambert, Marco Calliari et toute leur compagnie

Ils remueront leur répertoire respectif, se brasseront le patrimoine, deviendront passeurs de chansons à répondre en deux langues, de reels piqués à la tarentule, de tarentelles «reelées» ou de valses douces et conviviales. Ils se produiront quatre fois plutôt qu'une, soit les 28 et 29 décembre au Club Soda à Montréal ainsi que les 30 et 31 décembre au Grand Théâtre de Québec. Et ils boiront ensemble caribou et grappa, plongeront aussi bien dans le gros swing que dans le lyrisme, se camperont dans le shack québécois et le sous-sol de Saint-Léonard.

Yves Lambert, figure de proue de la musique trad depuis plus de trois décennies, de la gouaille à revendre, trouve maintenant ses repères à la jonction d'un folk intemporel et d'airs les plus contagieux, entre son point d'ancrage de toujours et l'universalité d'une musique plus personnalisée que jamais, entre le souffle de la danse et la poésie de la mémoire. «Je m'intéresse aux genres d'ailleurs depuis longtemps. Déjà en 1984, nous explorions plusieurs musiques du monde avec les Nouvelles Sonorités Joliétaines, un projet parallèle de la Bottine. Au niveau mélodique, je me sens très proche de l'âme italienne et, depuis environ cinq ans, je me suis trouvé un répertoire de tarentelles que je joue loin des projecteurs, pour mon simple plaisir.»

Marco Calliari, le plus important passeur de culture italienne au Québec depuis le célèbre crooner Tony Massarelli, ex-métalleux un brin canaille dans son lyrisme rocailleur, prône la langue italienne, refait le parcours de ses parents, mais dans un sens différent, atypique, en se donnant des airs mariachis, avec de la trompette festive, en mêlant maintenant à quelques textes avec du français et de l'espagnol. Dans ses temps libres, il s'amuse à traduire en italien des classiques québécois, comme Aimer et Mentir de Massarelli, Dixie de Fiori ou Oh ma chérie! de Willie. Sourire en coin, il évoque ce volet caché de sa création: «Pour résumer vulgairement, mon intérêt pour la musique trad remonte à Mon Joe de Paul Piché et à La Bitt à Tibi de Raoul Duguay. Plus récemment, je me suis retrouvé au Festival de Maillardville, en Colombie-Britannique, avec Yves Lambert, les Tireux d'Roches et Belzébuth. L'événement m'avait inspiré l'écriture de Ma patria mia, que j'avais interprétée avec mes compères en fusionnant rigodon et tarentelle. Et, puisant dans le plus profond de ma tradition de l'époque, nous avions également repris Sweet Leaf de Black Sabbat, avec violoncelle, harmonica et guimbarde.» (!)

Comme quoi tous ces mondes se rejoignent. Ceux de l'Italie et du Québec se sont d'ailleurs déjà croisés. Nous l'évoquions en ondes la semaine dernière, avec Marc Bolduc et Christiane Campagna, animateurs de l'excellente émission radiophonique Tradosphère de CIBL. Le Reel Béatrice, l'un des plus célèbres du genre, tirerait son origine de la grande botte. Et Alfred Montmarquette, l'accordéoniste qui a influencé tant de musiciens traditionnels, s'inspirait de la musique des fanfares militaires et des airs d'opéra. Quant à Alex Donato, le père de Michel, avait taquiné quelques reels, alors que les musiciens Saturno Gentiletti et Tony Romandini avaient collaboré avec Omer Dumas, célèbre ménestrel d'une période à retrouver.

Une histoire d'ondes

Mais le duo Lambert et Calliari est avant tout histoire d'ondes personnelles. Lambert met en lumière leur complicité naturelle. «Marco est fils de bricoleur et moi fils de foreman de couture. Et comme pour moi, la démarche de Marco relève de la survivance. En plus, nos manières respectives révèlent de la pugnacité. Cela vient de nos milieux familiaux.»

Que feront-ils ensemble de plus que l'an dernier, alors qu'ils avaient lancé des pièces chacun de leur côté, établi des transitions et souvent regroupé les musiciens des deux groupes? «Ce sera encore plus festif alors que l'an dernier, et ce l'était quand même pas mal», répond Calliari. «Les dix musiciens resteront ensemble sur scène et participeront à presque toutes les pièces. Quelques-unes sont nouvelles. On sort un best of de nos plus festives.» Paraîtrait-il que même le démon sortirait de l'enfer pour hurler à la Bella Luna.

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Collaborateur du Devoir

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Lambert-Calliari

À Montréal, au Club Soda, les 28 et 29 décembre, à 20h.

Renseignements: 514 908-9090

À Québec, au Grand Théâtre de Québec, les 30 et 31 décembre, à 20h.

Renseignements: 418 643-8131

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