Concerts classiques - À la découverte de Bernard-Aymable Dupuy

Après deux concerts au Palais Montcalm à Québec, Bernard Labadie et ses musiciens présentaient hier soir à Montréal le dernier concert classique de l'année, un programme de Noëls français.

Des quatre mises en musique du Canticum in Nativitatem Domini par Marc-Antoine Charpentier, Bernard Labadie avait choisi la plus développée, H. 416, aussi appelé «Oratorio de Noël». Cette partition est articulée en deux parties selon un schéma qui perdurera jusqu'au XXe siècle (cf. Une Cantate de Noël de Honegger): imploration et attente, puis naissance et exultation. On notera l'éclaircissement des couleurs orchestrales entre les deux sections séparées (après un «petit silence» prescrit par le compositeur) par un bref interlude instrumental intitulé La Nuit.

Bernard Labadie a choisi de faire chanter l'air de l'ange par un ténor plutôt que par une voix de haute-contre, choix traditionnel dans ce type de répertoire. Il a aussi opté pour la prononciation latine française d'époque, exercice pratiqué avec plus ou moins de constance, qui semblait relever de l'effort pour certains. Conformément à son habitude, Labadie avait intégré ses solistes au choeur, une excellente idée. Parmi eux, Figueroa et Sylvestre ont peut-être trouvé dans la musique baroque un débouché moins ingrat que d'essayer de se faire entendre dans la salle Wilfrid-Pelletier. Quant au premier ténor, Jeremy Budd, il avait ce timbre claironnant inoxydable qui semble congénital à certains ténors anglais.

La seconde partie du concert, fort cossue, regroupait la Messe de minuit H. 9 de Charpentier, qui fourmille jusqu'à l'improbable (cf. le Kyrie bondissant) de thèmes issus de noëls populaires et, très belle découverte, une oeuvre postérieure d'une bonne cinquantaine d'années (1749), d'un certain Bernard-Aymable Dupuy (1707-1789), compositeur toulousain dont je n'avais jamais entendu parler. Sa composition est originale dans le sens où le choeur le plus élaboré s'en prend aux forces du mal! Dans un style de Rameau au petit pied, nous avons là un Noël fort original, hanté par la rédemption, le démon, et, surtout, la guerre. La découverte, bien défendue par Labadie et ses troupes, valait le détour.

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LES VIOLONS DU ROY

Delalande: Simphonies des noëls. Charpentier: In nativitatem Domini canticum (Oratorio de Noël),

H. 416; Messe de minuit pour Noël, H. 9. Dupuy : Noël au milieu de la nuit. Shannon Mercer et Tracy Smith Bessette (sopranos), Jeremy Budd et Antonio Figueroa (ténors), Alexandre Sylvestre (basse), La Chapelle de Québec, Les Violons du Roy,

Bernard Labadie. Salle Pollack, lundi 22 décembre 2008.

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