Fusion III sous la protection de la faillite

Les problèmes de la compagnie de distribution Fusion III inquiètent la maison de disques Effendi: cette dernière ignore toujours si les recettes des 4000 premiers exemplaires vendus de l'album Berceuses pour Philou pourront être récupérées et reversées au Centre de répit Philou.

Fusion a annoncé début décembre être dans une situation financière difficile. Plusieurs employés avaient été remerciés à ce moment. Or, les choses vont si mal pour la compagnie fondée par Jim West — aussi à la tête des disques Justin Time — qu'elle s'est placée sous la protection de la Loi sur la faillite et l'insolvabilité le 6 décembre. Selon nos informations, Fusion III avait déposé son bilan financier fin septembre.

Protégée par la loi, la compagnie avait 30 jours pour restructurer ses activités et son mode d'opération. Il a été impossible de joindre Jim West hier afin de connaître les avancées réalisées. Il a toutefois récemment confié au site Internet du magazine Billboard que Fusion III «est dans de gros troubles» et que ce «sera difficile de réorganiser» l'entreprise. «Notre marge de manoeuvre est très limitée», reconnaissait M. West.

Ce dernier indiquait aussi que les deux plus grands créanciers de Fusion III sont Justin Time et lui-même, à qui Fusion «doit» quelque 500 000 $.

Pour l'instant, les effectifs ont été réduits au minimum (la dizaine d'employés qui demeurent — sur 50 — sont en attente de savoir ce qui se passera après les Fêtes). Et les étiquettes de disques avec qui Fusion III faisait affaire désertent les unes après les autres.

Vendredi, le directeur des ventes de l'entreprise, Simon Fauteux, a annoncé qu'il quittait Fusion III pour rejoindre les rangs des disques Musicor, où il sera directeur du marketing. M. Fauteux était en partie responsable de la forte présence médiatique des étiquettes distribuées par Fusion III au Québec.

Avec des centaines d'étiquettes dans son catalogue, Fusion III occupait une place très importante dans la distribution de musique spécialisée au Canada. Les créneaux jazz et musique du monde étaient particulièrement bien représentés.

Effendi nerveuse

Distribuée depuis quelques années par Fusion III, l'étiquette montréalaise de jazz Effendi est de celles qui sont touchées de plein fouet par les déboires de Fusion. Il y a deux semaines, l'équipe de Jim West a dû retourner quelque 12 000 disques au bureau d'Effendi.

Hier, Alain Bédard, contrebassiste et président d'Effendi, confiait au Devoir être inquiet pour la suite des choses, et notamment pour le disque Berceuses pour Philou.

Sorti le 25 novembre, cet album de berceuses jazz déclinées en piano solo s'est hissé dans le top 20 des meilleures ventes au Québec, fait rarissime pour du jazz. Quelque 10 000 exemplaires ont été commandés par les disquaires à ce jour — pour Effendi, il s'agit de leur meilleure vente, et de très loin.

Tous les profits de ce disque doivent en principe revenir au Centre de répit Philou, une maison qui offre de l'aide aux parents d'enfants handicapés de moins de cinq ans. Selon Alain Bédard, la faillite de Fusion III touche les 4000 premiers exemplaires de Berceuses pour Philou.

«On ne sait pas ce qui va arriver avec ça, tout comme on ne sait pas ce qui va arriver avec le reste des disques qui ne sont plus dans les entrepôts de Fusion III, mais dans ceux des disquaires», relève Alain Bédard. Pour Effendi, les pertes probables sont estimées à quelque 35 000 $.

Ceux qui connaissent Jim West assurent qu'il fera tout ce qui est en son pouvoir pour honorer cet engagement, mais il faudra attendre de voir quel avenir attend Fusion III.

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