Les dix meilleurs disques anglos de 2008 - Parmi mille millions d'autres

Plus que jamais, la planète rock tourne sur elle-même, et les artistes sont condamnés à la réinvention à partir du déjà entendu. Certains s'approprient des chansons existantes, d'autres mêlent allègrement époques et genres, et quelques génies continuent d'évoluer sur leur propre satellite. Chacun y trouve son compte, et remplit son iPod. Un palmarès parmi mille millions d'autres.

1. Electric Arguments, The Fireman. Sacré McCartney. Compliqué, le gars. Il faut qu'il oublie de faire le Paul-légende-vivante et utilise un pseudo pour redevenir libre dans sa tête, génial comme au temps des Beatles. À preuve, ce disque inspiré, inventif, électrisant. Pas de pastiche, pas d'autocaricature, rien d'autre que McCartney qui crée au présent, avec Youth dans le rôle du catalyseur. Treize titres enregistrés à raison d'un titre par mois, et d'une journée par titre: pas le temps de se regarder faire. Tout est là.

2. That Lucky Old Sun, Brian Wilson. Parachever le mythique Smile était déjà miraculeux: le pas suivant, créer une oeuvre nouvelle d'envergure comparable, n'entrait même pas dans le champ du possible. C'était mésestimer Brian Wilson: nonobstant les segments narratifs de Van Dyke Parks, gauches et inutiles, That Lucky Old Sun est un trésor aux mille facettes, irradiant l'auditeur de bien-être sans rayons UV, le baignant de marées vocales, l'entraînant dans un voyage idyllique et nostalgique, où l'on fait le plein de ce qui n'est rien de moins que de la vitamine C pour l'âme.

3. Venus On Earth, Dengue Fever. Une chanteuse, l'extraordinaire Ch'hom Nimol, sorte de Yoko Ono qui aurait du talent, et deux dingues de Californie. Leur musique? Un hybride bâtard, mêlant le chant folklorique traditionnel khmer aux guitares surf à la Ventures et à l'orgue Farfisa, embaumé d'effluves psychédéliques. Puissant et hypnotique mélange de profane et de sacré, de kitsch et de beauté, de danse à gogo et de mélodies exquises, au Cambodge ce que le spaghetti western est à l'Italie.

4. Covers, James Taylor. Ce sont des chansons d'autrui, mais on s'y tromperait. La signature musicale du grand échalas est partout indélébile, son timbre souverain. Qu'il ose le Wichita Lineman de Glen Campbell où le Summertime Blues d'Eddie Cochran, qu'il soit le cent millième à courtiser la Suzanne de Leonard Cohen, tout est à sa main, roule à son rythme. C'est dire le plaisir, double: des chansons qu'on aime, le Taylor qu'on aime.

5. Stop, Drop And Roll!!!, Foxboro Hot Tubs. Tant qu'il y aura des garages, il y aura des groupes de rock de garage. Et encore, le garage est facultatif: c'est l'attitude qui compte. La malpropreté. L'approximation. L'équipement minimal. Les riffs de guitare qui tuent. Qu'importe l'originalité: ça déménage, ça démange, ça déniaise! Chut! Ne l'ébruitez pas, mais, en vérité, les Foxboro Hot Tubs, c'est Billie Joe Armstrong et toute la bande à Green Day. Simple récréation? Salutaire décapage, oui.

6. Acid Tongue, Jenny Lewis. Disque intense et authentique. Plus rock que le précédent, plus soul aussi, quasi gospel par moments, dans le genre sudiste à la Lucinda Williams, même si la jeune femme est californienne (elle était enfant star à la télé et au cinéma). Sale caractère, la Jenny: les copains de passage, Chris Robinson des Black Crowes et Elvis Costello, ont fort à faire pour lui tenir tête. À vrai dire, elle les bouffe tout cru.

7. City That Care Forgot, Dr. John & The Lower 911. Fâché, le Night Tripper. Mais sans s'énerver. Fait trop chaud à La Nouvelle-Orléans. Alors, faute de hurler son indignation, il la sert en plat froid. Avec des cuivres pour ventiler, et une poignée d'amis ralliés à la cause, dont Terence Blanchard, Willie Nelson, Clapton. Ainsi soutenu, le fier toubib distille sa détresse en blues qui balance envers et contre tout, en funk insubmersible, en r'n'b juteux. Il en résulte, ironie de la souffrance, le meilleur album de Dr. John depuis des années. C'est cher payer le regain.

8. Meet Glen Campbell, Glen Campbell. Un autre disque de reprises. Après Paul Anka serinant Nirvana, Glen Campbell se frottant au Velvet? On se méfie. Manoeuvre désespérée d'un countryman sexagénaire installé dans son théâtre à Brandon au Missouri? Mais non. Campbell, certes vedette pour adultes, demeure un musicien respecté, guitariste émérite et homme de goût. Tout lui va bien, puisque tout devient du Glen Campbell, avec cette voix qu'il a, ces guitares, banjos et mandolines, ces cordes à grandeur d'horizon. La classe.

9. Moody Motorcycle, Human Highway. Deux voix en harmonie. Quand ça colle, c'est le frisson garanti. Ici, ça colle Epoxy. C'est le chatouillis exquis avec Human Highway, nommément Jim Guthrie et Nick Thorburn, vétérans de la scène pop canadienne, qui se sont extirpés de divers groupes le temps de cette alliance heureuse. Heureuse? Une sensibilité indie au service de mélodies aux tournants aussi étonnants qu'étonnamment naturels.

10. The Boxmasters, The Boxmasters. Joujou de star du cinoche? N'insultons pas Billy Bob Thornton: le gars ne fait pas de la musique en dilettante. The Boxmasters est son plus récent projet, et pas seulement le sien: ce groupe est un formidable band. Bob et ses potes donnent dans ce qu'ils appellent le hillbilly rock'n'roll. Entendez: l'Amérique d'arrière-cour inséminant quelques vaches sacrées du rock. Reculé, très reculé, mais non moins relevé.

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