Le Premier Noël de Claire Pelletier à la Cinquième salle de la PdA - Il est né le divin spectacle

Ce n'est pas un sourire Pepsodent, comme on disait à la télé quand j'étais enfant. C'est un sourire qui vient d'en dedans. De la lumière qui éclaire Claire, de l'intérieur, et qui fait briller ses belles dents et qui illumine son beau visage. Ce sourire-là a resplendi tout le concert durant, samedi soir à la Cinquième salle de la Place des Arts. C'est qu'elle était contente, Claire Pelletier. Le réglage de la sono avait été une aventure, comprenait-on: candide, elle dit tout dans ses présentations bon enfant. Or donc était-elle soulagée et elle en remerciait le sonorisateur Daniel Desrochers, puisque que ça résonnait magnifiquement, autant le Kiosque à musique — tout le quintette: basson, violon et mandoline, clarinette, trombone, trompette — que les percussions de François Taillefer, les claviers de Jean-Sébastien Fournier (dont un harmonium) et la belle basse ronde de Pierre Duchesne, directeur musical et compagnon de Claire. La perfection en ce bas monde.

C'était déjà un bel exploit: les arrangements de Duchesne, Gilles Ouellet et Marc Bélanger étaient oeuvre d'orfèvres, de l'or d'alchimistes. Il y avait du médiéval là-dedans, et de l'oriental, et du sacré de la chrétienté, et du maghrébin, et de la chanson pop aussi, et c'était si savamment agencé que les pièces coulaient l'une dans l'autre, vases communicants de bonheur en musique. Et la voix heureuse, et la voix joyeuse, la voix lumineuse de Claire Pelletier était le feu auquel tous les sons des instruments se chauffaient.

Chaleur qui se propageait à la salle entière. Quelle belle et naturelle et chaleureuse idée, constations-nous, que cette idée d'un concert de Noël pas comme les autres, qui ne ressasse pas les standards du catalogue saisonnier, mais célèbre plutôt la Nativité et le solstice d'hiver à partir de chansons enfouies au fin fond des oubliettes du patrimoine religieux de la Nouvelle-France, d'Écosse et d'Irlande. Une heureuse idée à la Claire Pelletier, pour qui le renouvellement passe la plupart du temps par la redécouverte du très ancien. Une idée à point nommé! Donné en première montréalaise à la veille dudit solstice, assorti d'une tempête de neige gratinée, ç'aurait été arrangé avec le Noël des vues que ça n'aurait pas été plus approprié.

Version augmentée de l'album du même nom (paru l'an dernier), ce Premier Noël trouvait sur scène son lieu premier, et sa mission première. À travers ces airs, les familiers comme les ravivés, les Noël nouvelet, Bonne sainte Vierge marchant sur terre, Laissez paître vos bêtes (la mouture originale de Venez divin messie...) et autres Balulalow (un poème écossais du XVIe siècle), on avait l'impression de ressentir ce que l'on devait ressentir il y a des siècles, quelque chose qui ressemblait à de l'apaisement. Un véritable bien-être, enveloppant, qui finissait par mettre le coeur en joie. À la fin, j'aurais embrassé tout le monde, et ma douce aimée, et tous les musiciens, et Claire Pelletier. L'an prochain, me disais-je en sortant, s'il y a une justice immanente, c'est à l'oratoire Saint-Joseph que Le Premier Noël exultera.

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