Concerts classiques - La fureur lui va si bien...

Karina Gauvin chante beaucoup au Québec ces derniers temps. Tout le monde en profite — Opéra, OSM, Société Turp, Boréades —, et l'on ne s'en plaindra pas.

Le programme du concert de vendredi, qui avait complètement rempli Notre-Dame-de-bon-Secours, malgré la poudrerie, les préparatifs des Fêtes, le froid et la quasi-impossibilité de stationner aux abords, est au coeur même du répertoire de Karina Gauvin, tout comme les concertos pour flûte à bec sont un terrain d'élection pour Les Boréades. C'est avec ce Vivaldi furioso que la chanteuse et l'ensemble de Francis Colpron se présenteront en mars 2009 en tournée en France et en Belgique.

Dans les concertos, on a remarqué la belle tempérance de l'interprétation des Boréades, avec un premier volet de Concerto en do mineur (RV 441) très justement non molto allegro, mouvement dans lequel Francis Colpron était cependant moins à l'aise qu'ailleurs. Le plus beau moment fut le très apaisé Largo e cantabile du Concerto en fa majeur, op. 10 n° 5.

Mais ce n'est pas faire injure aux Boréades que de remarquer à quel point la soirée reposait sur la force des incarnations de Karina Gauvin, son intensité et sa présence vocale. Gauvin n'est pas de ces «baroqueuses par défaut»; la voix est puissante, très bien placée, et les nuances piano sont très soutenues et ne détimbrent jamais. Une petite crispation dans la section Gloria Patri du Laudate pueri ne compte pas, surtout que le motet In furore fut exceptionnel de justesse expressive (tant dans la fureur que la repentance éplorée) et d'articulation. Même l'accord des cordes (violons et alto) y était meilleur que dans Laudate pueri (notamment le Sit nomen Domini de ce dernier).

En fin d'un programme, qu'il aurait été logique, dramatiquement, de conclure par In furore, Karina Gauvin a interprété deux airs de Costanza extraits de Griselda, encadrés par deux passages instrumentaux arrangés.

Un dernier mot pour louer la finesse du continuo de Sylvain Bergeron, Eric Milnes et Mélisande Corriveau dans les passages les plus intimistes des oeuvres vocales de la soirée.

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Vivaldi furioso

Vivaldi: Concertos pour flûte à bec et basse continue op. 10 n° 5 et RV 441. Laudate pueri Dominum, pour soprano, cordes et basse continue. Motet In furore iustissimae irae, pour soprano, cordes et basse continue. Griselda (extraits). Karina Gauvin (soprano), Les Boréades. Chapelle Notre-Dame-de-bon-Secours, vendredi 19 décembre 2008.