Le Metropolitan Opera au cinéma - La divine Renée et la Maison Rona

Thaïs de Massenet était, samedi, la dernière projection de l'année pour le Metropolitan Opera avec, peut-être l'amorce d'une pente dangereuse.

Pour l'heure, le Met et ses diffusions sont sauvés par la qualité des distributions. Thaïs (production importée de Chicago) de Massenet reposant sur le tandem Renée Fleming-Thomas Hampson, on ne peut imaginer mieux. Les deux artistes se fréquentent dans ces rôles depuis plus d'une décennie et ont enregistré Thaïs en 1998. Si Hampson est parfois critiquable dans le répertoire italien, son aura dans le personnage fanatique d'Athanaël reste esthétiquement juste et vocalement impressionnante.

Quant à Renée Fleming, elle avoue que Thaïs est l'un de ses quatre rôles fétiches. Elle marque le personnage de la débauchée repentie comme Callas marquait celui de Tosca. À cela s'ajoute cette seconde jeunesse vocale dont nous avons été témoins à Montréal en mai dernier. «La Renée» a ajouté une étoffe vocale, un épanouissement et une assurance tout à fait impressionnants à sa palette artistique. Parée comme une princesse (ou comme une sculpture vivante, dans l'ultime scène) par Christian Lacroix, Renée Fleming fut divine, samedi.

Mais on ne va pas tenir plusieurs années si la compagnie new-yorkaise continue à penser que le sujet central de ses retransmissions — plutôt que l'oeuvre, la musique ou les protagonistes —, c'est elle-même en train de retransmettre un spectacle. Dans la mise en images de Thaïs, les coulisses, et principalement les changements de décor, ont pris une telle place que l'on se serait cru dans Ma Maison Rona.

Dans l'absolu, c'est passionnant de poser un regard privilégié en coulisse. Mais il y a des moments pour le montrer et d'autres pour le cacher. Entre le premier et le deuxième tableau de l'acte I, c'est-à-dire les moines dans le désert et la demeure de Nicias (excellent Michael Schade), aucun problème, puisqu'il n'y a pas de musique. Mais entre les deux tableaux de l'acte II, période qui correspond au processus de conversion de Thaïs (houle de la fin du premier tableau, puis méditation), c'est un irrespect pour la tension dramaturgique de l'oeuvre et la musique elle-même que de montrer des types qui s'agitent et bricolent ou de filmer Renée Fleming avec son habilleuse se préparant à entrer sur scène.

Pour le reste, on a eu du Gary Halvorson typique: nervosité extrême dans les vingt premières minutes, puis une réalisation plus posée. Quant aux ingénieurs du son, ils auraient dû se méfier des craquements du décor de simili-désert et ne pas brancher leurs micros juste devant.

Le bricolage est aussi de plus en plus patent à l'autre bout de l'échelle, au cinéma. Au Colossus Laval, que je fréquente, tant le son (puissance, écho) que l'image (luminosité, saturation des couleurs) de la salle principale étaient fort mal calibrés, ce qui était déjà le cas avec La Damnation de Faust.

Si tout le monde s'endort et que cela continue avec ce niveau de laisser-aller et de médiocrité à tous les étages, les diffusions vont bientôt devenir le meilleur faire-valoir pour la consommation à domicile sur DVD haute définition Blu-ray. Un petit coup d'oeil personnel, après Thaïs, à l'Eugène Onéguine tout juste édité par Decca en a été une preuve vertigineuse.

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