Patrick Norman à l'oratoire Saint-Joseph - Par la grâce du Tremolux

Bien sûr, l'oratoire Saint-Joseph du mont Royal, même la crypte moins ornementée, c'est quelque chose. Une certaine solennité s'empare de l'homme qui y pénètre. Les statues, les icônes, les vitraux, ça en jette. Mais bon, chacun sa religion: moi, le moment où j'ai perdu mon latin et mon fromage et mon missel samedi soir, c'est quand Patrick Norman s'est amené avec sa Gretch Country Gentlemen modèle Chet Aktins. La noire, avec le bras de vibrato Bigsby. La bénie entre toutes les femmes. Et quand le bon Pat s'est mis à en jouer, à la manière relaxe et leste et infiniment agréable qui lui est si singulière, c'était divin, oh que c'était divin. L'avènement que j'attendais: ce son, dans l'écho naturel de la crypte. Le fabuleux son de la Gretsch, lorsque branché dans l'ampli Fender Metrolux que le chanteur-guitariste vient de retrouver.

Toute une histoire, que me racontait l'autre jour l'intéressé. Pat sait que les histoires de guitares et d'amplis, ça me fait mollir du genou. «Mes premières armes, mes premiers instruments neufs, c'étaient une guitare Fender Jazzmaster avec un ampli Fender Tremolux. Deux [haut-parleurs de] dix pouces. Le premier "black face" qu'ils faisaient. En 64 que j'ai acheté ça. Quelques années plus tard, je me suis procuré ma Gretch Country Gentlemen, et je me suis débarrassé de ma Jazzmaster. Malheureusement! Et j'ai fini par m'acheter aussi un plus gros ampli, et je me suis débarrassé de mon Tremolux! Malheureusement! Ben mon frère a retrouvé le gars à qui je l'avais vendu, pour apprendre que tout ce temps-là, l'ampli avait fait du salon, était en parfaite condition. Et mon frère l'a racheté du gars et me l'a offert à la veille du jour de l'An 2007!»

Ça c'est du miracle de Noël. Dans mon livre, à tout le moins. Toujours est-il que c'est l'ampli que Patrick Norman a utilisé pour l'enregistrement de l'album Plaisirs de Noël, album dont est décanté l'essentiel du divin spectacle que le souriant vétéran proposait en fin de semaine à l'oratoire (trois soirs à jubés fermés, bonté divine!). Je ne sais pas si le Tremolux était à l'oratoire même, mais je veux y croire. Après tout, à l'oratoire, faut croire. En tout cas, foi de fada de guitare, elle résonnait comme elle n'avait jamais résonné, la Gretch de Pat. Peut-être le lieu faisait-il office de Tremolux? J'étais au paradis de la réverbération. Surtout pendant le medley instrumental au début de la deuxième partie: merci Chet Atkins pour la prière exaucée!

C'était bien pour la voix aussi, l'oratoire. Ah! La voix de Patrick Norman, don du ciel! La voix et ce qu'il en fait. Il est toujours en retenue, Pat, homme de délicatesse et la proximité. La classe absolue. La noblesse sans prétention. Il fallait entendre samedi son Petit papa Noël. Tino, en comparaison, avait des gros sabots. C'était beau à pleurer, et d'ailleurs j'ai pleuré. Et continué à renifler quand il a enchaîné avec Perce les nuages, de Paul Daraîche, la plus chavirante chanson jamais écrite sur la douleur de perdre son papa. J'ai la très grande chance d'avoir encore le mien, et il était justement à l'oratoire samedi, avec sa compagne Claire, et ils étaient ravis comme tout le monde. Par le son, le lieu, les chansons, Patrick Norman, ses musiciens. Tout sauf les grands escaliers dehors. Hasardeux ces jour-ci, le pèlerinage à genoux.

Dans la crypte, on se serait agenouillé volontiers, tellement c'était beau. Ai-je dit divin? Pat et ses trois gars multipliaient les instruments comme Jésus les poissons, et ça alternait joyeusement, pedal steel, violon, mandoline, piano électrique, banjo entourant ou n'entourant pas les guitares (les belles acoustiques, et la nouvelle douze-cordes, en plus de la Gretch), servant idéalement les chansons de Noël et celles de Pat. Quand c'était swing et que la Gretch revenait, pour C'est l'hiver, Le Petit Renne au nez rouge, Au royaume du bonhomme hiver et autres Sonne ta cloche (une chouette chanson originale de Bourbon Gautier), je clapotais dans l'eau bénite. Je n'étais pas le seul. Je crois bien que j'ai vu le divin enfant derrière l'autel claquer des doigts.
2 commentaires
  • Pierre Samuel - Abonné 15 décembre 2008 08 h 46

    Patrick Norman récolte ce qu'il a semé!

    Patrick Norman revient de loin...Longtemps snobé par "l'intelligentsia", son grand talent de musicien-chanteur allié à une persévérance et un humanisme hors du commun font de lui "un des Grands" qui s'impose maintenant sans conteste!

  • Guy Lussier - Inscrit 15 décembre 2008 12 h 15

    Un texte des grands jours

    De faire le lien entre ce lieu, l'Oratoire, et ce qui se donnait ce soir là, de la sainte nourriture,pour demeurer dans le ton de l'article, merci et bravo, ça réconforte de prendre le temps de lire quelques articles.J'ai eu l'impression à vous lire de retrouver l'essence même du Québec, du moins celui qui m'a constitué.