Paix aux disques et aux spectacles de bonne volonté

On a eu la première tempête. Ça y est, je peux sortir mon Phil de Noël. A Christmas Gift for You from Phil Spector. L'album suprême de Noël, lancé le 22 novembre 1963, eh oui, le jour même de l'assassinat de JFK. Il est écrit qu'il y aura toujours des morts dans les parages de Phil Spector (le bizarre gaillard, accusé de meurtre, acquitté de meurtre, accusé de nouveau, n'en a toujours pas fini avec la justice). Qu'à cela ne tienne, j'écoute Darlene Love s'arracher le coeur dans Christmas (Baby Please Come Home), et je clapote dans le lait de poule.

Patrick Norman, lui, c'est le Jingle Bells Rock, «la version de Bobby Helms», qui lui fait des chatouilles et lui sonne les cloches. «Ça swingue, mais pas trop vite. Juste le bon tempo.» Sondé, il mentionne aussi I'll Be Home for Christmas. La création originale de Bing Crosby en 1943, bien sûr. Mais sa version itou. «Je veux pas me vanter, mais celle que j'ai enregistrée pour mon Christmas Album de 1994, elle est pas mal non plus.» On est bien d'accord. La candeur vaut mille fois mieux que la fausse modestie. Patrick Norman le sait, je le sais, nous le savons: il a cette voix qui embellit la vie comme une petite neige en ratine, et quand il chante Noël, c'est forcément encore plus Noël. Le récent Plaisirs de Noël est son troisième disque du genre, ni plus ni moins réussi que les autres, le plus country cependant, réalisé avec goût par Gilles Valiquette: guitares et voix s'y marient avec le même bonheur que les atacas et les patates pilées «avec le trou en haut pour mettre la sauce» (souvenir d'un monologue de Serge Grenier avec les Cyniques).

On se dit que ce soir, demain et dimanche, dans la crypte de l'oratoire Saint-Joseph, ça va résonner divinement. «C'était un rêve d'enfant, chanter à l'oratoire. Imagine moi, le p'tit Yvon Éthier, je vais chanter à l'oratoire! Comme émotion, ça va être comparable à la fois où j'ai joué de la guitare avec Chet Atkins... » Elle s'y verrait bien aussi, Claire Pelletier, à l'oratoire. Son spectacle, décanté de l'admirable album Le Premier Noël, paru l'an dernier, a tout à voir avec la Nativité, et on se dit tout naturellement que l'oratoire en serait l'écrin idoine, en quelque sorte l'étable magnifiée. «On sait jamais! Peut-être qu'après Patrick, ils vont trouver que c'est une bonne idée. Mais moi, je suis déjà contente. J'espérais bien, en faisant le disque, un aboutissement en spectacle, et c'est ce qui arrive.»

Récompense d'une vraie recherche qui a mené de la Nouvelle-France à la France médiévale, les chansons ravivées exulteront dans le cadre d'une véritable petite tournée. À Trois-

Rivières ce samedi, avec l'Orchestre symphonique de Trois-Rivières sous la direction de Jacques Lacombe, au Grand Théâtre de Québec le 19 décembre, à la Cinquième salle de la PdA les 20 et 21, Le Premier Noël de Claire Pelletier se propagera comme une bonne nouvelle d'une autre teneur: un Noël empreint d'une saine gravité, pour changer. «Qu'on soit croyant ou non, ça demeure une histoire fascinante et mystérieuse, la naissance de Jésus. L'étoile, les Rois Mages arrivant d'Orient, ça me transportait quand j'étais enfant, et c'est là que je veux amener les gens. Avec cette idée très belle de la trève.»

Trève? Quelle trève? Entre l'album de Noël zouk de La Compagnie Créole et le Noël façon Motown de Marie-Élaine Thibert, le client de chez Archambault, Renaud-Bray ou HMV est plus assailli qu'apaisé, et même le quidam le mieux intentionné aura toutes les chances de passer à côté de la discrète Maryse Letarte et de son très bel album de nouvelles chansons de Noël. Des pas dans la neige, que ça s'appelle. Un «nouveau tapis de mohair», comme elle chante dans l'adorable Anges de neige, qui ne fait pas beaucoup de bruit quand on marche dessus. Faut prêter l'oreille. «Cet album, c'est moins une réaction au fait qu'on entend toujours les mêmes chansons de Noël qu'une volonté de se sortir la tête du sable... euh, de la neige. L'idée de regarder en face notre façon de vivre Noël, de vivre l'hiver.»

Ça donne, lovées dans des langes électro-pop étonnamment confortables, des chansons où l'acuité du propos n'empêche pas la tendresse. «Qu'est-ce que Noël / A fait de nous?», demande-t-elle dans Ô traîneau dans le ciel, la chanson qui a mené à l'album. La réponse est lourde de sens: «Il nous a tous / Mis à genoux.» Pas de lourdeur dans le ton, cependant: douceur partout. «C'est un album qu'on peut écouter en lisant les textes dans le livret si on veut, mais pas nécessairement. Je voulais que ça puisse jouer pendant qu'on mange, avec la visite.»

Elle me demande de préciser qu'elle n'a rien contre les «classiques de Noël». Je relaie volontiers. «Ça fait deux semaines que je fredonne I'll Be Home for Christmas. C'est drôle, je me suis rendu compte que ma chanson Anges de neige était un peu une réponse à Bing Crosby...» Au bout du fil, elle rit de bon coeur. «Je dis pas que les chansons sont comparables. C'est seulement que ma chanson parle d'un retour espéré, mais dont on n'est pas du tout certain. C'est comme dire à Bing, oui, justement, je t'attends... » Moi, c'est à Darlene Love que ça me ramène. Baby pleeeeeaaaase come home.