Musique classique - Gérard Mortier atterrit à Madrid

Le Belge Gérard Mortier aura été à la barre de l’Opéra de Paris de 2004 à 2009.
Photo: Le Belge Gérard Mortier aura été à la barre de l’Opéra de Paris de 2004 à 2009.

Après avoir renoncé à la direction du New York City Opera, Gérard Mortier aboutit finalement au Teatro Real de Madrid.

C'est moins d'un mois après avoir jeté l'éponge à New York et quatre mois après avoir généreusement proposé sa personne au Festival de Bayreuth (ce qui, en passant, était déjà un geste élégant à l'endroit de ses futurs employeurs new-yorkais) que l'actuel directeur de l'Opéra de Paris, le Belge Gérard Mortier, a trouvé un point de chute. Ce sera la direction artistique du Teatro Real de Madrid, où il remplacera l'Espagnol Antonio Moral, démissionnaire pour des raisons politiques. Il y a fort à parier, à présent, que le directeur musical Jesus Lopez-Cobos ne fera pas de vieux os lui non plus, Mortier ne voulant certainement pas avoir un directeur musical dans les pattes. Comme le rapporte Le Monde, le nouveau directeur a d'ailleurs déjà laissé entendre qu'il abolirait le poste.

Cette nomination a pris le milieu musical de court, puisque c'est plutôt Stéphane Lissner, actuel directeur de La Scala de Milan — qu'on dit extrêmement lassé des guéguerres syndicales milanaises — que la rumeur voyait prendre les rênes du Teatro Real, qui, sous la direction du tandem Moral/Lopez-Cobos, avait gagné un prestige et une visibilité internationales jusque-là inédits.

Gérard Mortier s'est, lui, fait remarquer lors de son règne de 11 ans (1981-92) à la tête du Théâtre royal de la Monnaie de Bruxelles, qu'il a véritablement revitalisé. Ce succès lui a permis de glaner la direction du Festival de Salzbourg, qu'il a dirigé entre 1992 et 2001. Mortier aura été à la tête de l'Opéra de Paris de 2004 à 2009.

Avec la nomination de Gérard Mortier, Madrid semble avoir décidé de jouer la surenchère dans la «créativité» par rapport à la ville rivale de Barcelone, dont l'opéra, le Liceu, symbole musical de l'ébullition artistique catalane, est dirigé par le très inventif Joan Matabosch.

Gérard Mortier est en effet autant connu pour sa haine du bel canto et de Puccini que pour son amour immodéré de la provocation scénique et de ce qu'on appelle en Europe le Regietheater, c'est-à-dire la relecture dramaturgique des grands ouvrages lyriques. Des Noces de Figaro dans un bureau des mariages d'un pays de l'Est dans les années 60, une Chauve-Souris de Strauss où des bonnes soeurs fouettent des curés ou une Damnation de Faust dans laquelle Faust est transformé en laitier font le bonheur suprême de cet esthète.

Après l'Allemagne, l'Espagne va ainsi assurément devenir le nouvel eldorado du Regietheater, d'autant que, derrière Madrid et Barcelone, la ville de Valence tente également d'affirmer son identité et son existence à coups de millions de dollars. Le duo musical de choc à la tête de son opéra est le tandem Lorin Maazel-Zubin Mehta!

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