Concerts classiques - Le bon choix

Sans préjuger de la qualité des quatre autres concerts d'importance qui avaient lieu au même moment (Clavecin en concert, Concerto della donna, Orchestre symphonique McGill, Orchestres de l'UdM et du Conservatoire réunis), Louise Bessette et ses amis musiciens — avec lesquels elle présente le Quatuor pour la fin du temps de Messiaen depuis cet été — ne nous ont pas fait regretter d'avoir choisi la Chapelle historique du Bon-Pasteur vendredi soir.

Quelques semaines après l'interprétation extraordinaire du Trio Wanderer et Pascal Moraguès, à Pro Musica, les musiciens québécois affrontaient, dans ce Quatuor pour la fin du temps, des souvenirs aussi forts qu'indélébiles. Ils n'ont pas trop pâti de la comparaison, et, avec concentration, ont fait entendre leur voix. Certes les Wanderer se sont souvent montrés plus fins dans la création d'atmosphères (dès la Liturgie de cristal qui entame le parcours, et qui m'a semblé trop rapide, vendredi, pour générer un «poudroiement harmonieux»). Je ne m'aventurerai pas non plus à mesurer Simon Aldrich à Pascal Moraguès, qui, dans cette partition, semble sur une autre planète (par rapport, d'ailleurs, à presque tous les clarinettistes), mais le parcours de Bessette et ses amis était cohérent et souvent poignant.

L'un des pièges de l'interprétation est le dosage du vibrato du violoncelle dans Louange à l'Éternité de Jésus et du violon dans le dernier mouvement, Louange à l'immortalité de Jésus. Jonathan Crow et Yegor Dyachkov ont trouvé la bonne solution, en ne poussant pas trop une expressivité qui vire facilement à la pleurnicherie (cf. Yordanoff et Têtard dans la fameuse version DG avec Barenboïm). L'entente Crow-Dyachkov, par exemple dans Vocalise, a été l'un des ciments de l'interprétation, de même que le rigoureux cadre imposé par Louise Bessette (mouvements II, V, VIII), par exemple dans la succession hypnotique des accords de Louange à l'immortalité de Jésus. Parfaitement à l'aise dans les moments puissants, créant d'admirables conclusions aux mouvements VI et VII, les musiciens ont reçu une ovation chaleureuse et ô combien méritée.

Simon Aldrich n'ayant pas vraiment été le héros de la soirée, on passera sur la mise en bouche que constituait la 1re Rhapsodie de Debussy, pour dire quelques mots de Nicolas Gilbert, décidément un compositeur fort intéressant, auquel avait été commandé une sorte de préambule au quatuor de Messiaen. Gilbert a expliqué avec simplicité et esprit la démarche l'ayant mené à une composition qui s'est révélée convaincante et dont le mimétisme «messiaenique» allait croissant. Gilbert a toujours été à l'aise dans cette attitude de caméléon, comme l'ont prouvé quelques récentes créations. Celle-ci m'est apparue comme la mieux ficelée de toutes celles que j'ai pu entendre de lui.

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AUTOMNE MESSIAEN

Debussy: Première Rhapsodie pour clarinette et piano. Nicolas Gilbert: Le temps des impossibles. Messiaen: Quatuor pour la fin du temps. Simon Aldrich (clarinette), Jonathan Crow (violon), Yegor Dyachkov (violoncelle), Louise Bessette (piano). Chapelle historique du Bon-Pasteur, vendredi 28 novembre.

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