Vitrine du disque

Classique - MOZART: Sérénade Haffner, K. 250. Marche en ré K. 249. Orchestre de chambre des Pays-Bas, Gordan Nikolic. PentaTone SACD PTC 5186 097 (Naxos).

Le violoniste Gordan Nikolic est l'un des musiciens les plus surprenants de la scène européenne. On l'a connu soliste dans des disques (étiquette BNL) de haute tenue — y compris les Sonates et partitas de Bach. On l'a ensuite retrouvé à l'Orchestre symphonique de Londres, dont il est le Konzertmeister à la personnalité presque trop débordante. Le voici chef de l'Orchestre de chambre des Pays-Bas. Il nous a déjà donné chez PentaTone un sublime disque Britten, Bartók et Hartmann, d'oeuvres marquées par la guerre. Le voici mitonnant la version de référence moderne de la Sérénade Haffner. Cette sérénade contient en son coeur (mouvements 2, 3 et 4) sans doute le plus beau concerto pour violon jamais écrit par Mozart. Nikolic en est un soliste rêvé (écoutez le rondo, irrésistible). Son interprétation de la sérénade est affûtée, vive, mais pas brusque. Les phrases musicales dans les mouvements andante chantent merveilleusement. Il est dommage (pour ceux qui écouteront ce SACD en multicanal) que PentaTone ait réalisé un enregistrement si gros.

Christophe Huss

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Classique

MOUSSORGSKI

Tableaux d'une exposition.

+ Liszt: Concerto pour piano n° 1. Peng Peng (piano), Orchestre symphonique de Nashville, Leonard Slatkin.

Naxos 8.570716.

Si Naxos était une étiquette comme les autres, on entendrait parler en long et en large de Peng Peng, jeune pianiste chinois de 14 ans (au moment de l'enregistrement), véritable clone de Lang Lang, mais, à mon sens, plus mature musicalement à âge équivalent. Il joue le 1er Concerto de Liszt avec une poigne extraordinaire. Peng Peng est élève à Juilliard (New York) et on risque d'en entendre reparler. Mais le sujet principal de ce disque, c'est la «recomposition» des Tableaux d'une exposition par Leonard Slatkin à partir de 15 orchestrations différentes. Certains orchestrateurs sont connus (Ravel, Stokowski, Wood, Ashkenazy), d'autres absolument pas, comme Geert Van Keulen, excellent dans Tuileries, ou Douglas Gamley (1924-1998), qui fait appel à un choeur orthodoxe et à un orgue dans La Grande Porte de Kiev. À ceux qui aiment cette oeuvre, Slatkin propose un parcours vraiment passionnant. Une seule faute de goût, Il vecchio castello, rendu ridicule par Émile Naoumoff.

C. H.

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Compilation

THE UFO HAS LANDED

The Ry Cooder Anthology

Ry Cooder

Warner

Pas facile à suivre, ce Ryland. Depuis qu'il a émergé des Rising Sons de Taj Mahal dans les années 60, le maître ès bottleneck de Santa Monica est plus insaisissable qu'un serpent à sonnettes sans sonnette. Qui a chez lui les 26 albums parus chez Warner? Et les bandes sonores, les collaborations? Une anthologie en 34 titres est plus que bienvenue pour s'y retrouver, c'est-à-dire s'y perdre, puisque c'est Ry qui s'en mêle, et le gars aime les détours. Non seulement choisit-il ses préférées (qui ne sont pas forcément les vôtres), mais l'ordre d'apparition à l'écran n'est pas chronologique. Ça commence en 1987 par Get Rhythm, de l'album du même nom, et puis deux morceaux plus loin, on se régale avec Available Space, de l'album éponyme de 1971. Ry conduit en fonction de la courbe musicale et du plaisir d'écoute, prend le temps de commenter dans le livret ses itinéraires, salue Van Dyke Parks, Jim Keltner, Louis Malle, Buckwheat Zydeco, bref, roule sans se lasser à travers l'Amérique, le toit baissé, repassant par où bon lui semble, y compris à Paris, Texas. Nous, on suit.

Sylvain Cormier

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Monde

MALI KOURA

Issa Bagayo

Six Degrees / Outside

Sa voix douce et obscure coule comme une plainte ondulante et son chant est souvent ponctué de mots rythmés qui évoquent une forme de récit ou de rap ancestral provenant directement de Wassoulou, épicentre d'un style qui a vu naître Oumou Sangaré et plusieurs autres femmes. Il s'inspire des mots des anciens et joue le luth kamélé n'goni qui se fond dans la mélopée bluesy à laquelle répond souvent un choeur de femmes. Mais il fut le premier, à tout le moins le premier connu internationalement, à mélanger ses racines maliennes à l'électro. Le mouvement a fait des vagues. Ainsi, Ramata Diakité, Mamou Sidibé, Fouley Kanté, Mamani Keita, Electro Bamako et même Amadou et Mariam ont tenté l'aventure. Issa Bagayogo, lui, campe maintenant au sommet du palmarès du Word Music Charts Europe depuis trois mois. Plus accessible que jamais à l'oreille occidentale, il révèle dans Mali Koura, sans renier l'essence de ce qu'il a toujours fait, un disque plus discrètement jazzé, doucement cuivré, mâtiné de clavier funky et de quelques syncopes rapides. Il s'en dégage un bel équilibre entre l'intériorité du répertoire et son groove sautillant.

Yves Bernard

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Rock

Fête des morts (CD+DVD)

Les Goules

P572

Les Goules sont peut-être six pieds sous terre, mais les voici qui ressurgissent en début de saison froide avec Fête des morts, un CD et un DVD enregistré l'an dernier devant public lors de l'enterrement officiel du groupe. Le produit est à la hauteur de la formation de la Vieille Capitale, soit un peu tout croche et bruyant, mais toujours aussi délicieusement absurde et exubérant. Si les pistes audio des deux supports souffrent d'un son un peu trop sourd, les 15 titres du CD et les 21 chansons du DVD (elles se répètent pour la plupart) permettent un excellent survol de leurs trois albums et de leurs sept années d'existence. Pour ceux qui ne les ont jamais vus sur scène — c'était mon cas — le spectacle présenté sur DVD nous permet de comprendre l'esprit et la folie des Goules. On déplore toutefois ces effets de vieilles pellicules et de VHS en noir et blanc, ajoutés artificiellement, qui n'amènent rien au moulin. Pour les grands fans, Fête des morts offre aussi un making of, de nombreuses archives de concerts, des clips et des photos. Les Goules sont peut-être morts, mais ils traitent encore leurs fans aux petits oignons.

Philippe Papineau

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Roots'n'soul

ACID TONGUE

Jenny Lewis

Warner

Vive la propagation. Catherine Durand aime The Watson Twins, duo de filles country-folk. Les Twins ont accompagné Jenny Lewis, chanteuse du groupe indie Rilo Kiley, sur son premier album en solo, Rabbit Fur Coat: ainsi découvre-t-elle Jenny Lewis. Ou le contraire: je ne suis pas certain. Toujours est-ils que Catherine me demande si je connais les Twins. J'écoute que ça, lui dis-je. Et Jenny Lewis? Je scanne la pile des récents arrivages: tiens, un Jenny Lewis tout neuf. Merci Catherine, j'allais passer outre. Disque intense et authentique. Plus rock que le précédent, plus soul aussi (Band Man's World), quasi gospel par moments (The Next Messiah), parfois bien cru (Jack Killed Mom), à la limite du malpropre (See Fernando), dans le genre sudiste à la Lucinda Williams, même si la jeune femme, née à Las Vegas, est Californienne d'adoption (elle était enfant star à la télé et au cinéma dans les années 80). Sacré caractère, la Jenny: les copains de passage, Chris Robinson des Black Crowes et Elvis Costello, ont fort à faire pour lui tenir tête. Manque seulement un duo avec Catherine Durand.

S. C.