La Traverse miraculeuse - Les Charbonniers de l'enfer entrent à l'église... avec la Nef

Sur La Traverse miraculeuse, les Charbonniers de l’enfer n’ont jamais paru aussi tragiques.
Photo: Sur La Traverse miraculeuse, les Charbonniers de l’enfer n’ont jamais paru aussi tragiques.

Bien sûr qu'on les reconnaît, d'autant qu'ils nous avaient déjà un peu habitués à des traverses-surprises et de sacrées rencontres avec Gilles Vigneault l'an dernier. Cette fois-ci, on retrouve les Charbonniers de l'enfer à l'église Saint-Augustin de Mirabel dans un enregistrement qu'ils ont fait en juin dernier avec la Nef, l'ensemble québécois qui s'inspire des répertoires de musique ancienne d'Europe et d'Amérique.

C'est une rencontre entre deux mondes; de la musique traditionnelle à la musique ancienne, de l'écrit au chant à l'oreille, des instruments aux voix. «On connaît les accords en 2/4, 4/4 ou 6/8, mais on ne peut lire une portée musicale. Eux peuvent démarrer à n'importe quelle mesure, alors que nous, il nous faut partir d'un début. Mais on a réussi à travailler efficacement et rapidement. On n'a pas les mêmes repères qu'eux, mais ça fait assez longtemps qu'on chante ensemble pour se connaître et savoir exactement quel sentiment dégager. On est ben proches de savoir où on va, même si on ne le sait pas», raconte mi-blagueur le Charbonnier Normand Miron.

Sur La Traverse miraculeuse, les Charbonniers n'ont jamais paru aussi tragiques. À peine une chanson à répondre chantée par André Marchand et deux classiques que l'on retrouvait sur le disque culte Le Bruit court dans la ville. Seule la pièce Petite Galiote se retrouve ailleurs dans le répertoire des Charbonniers. Pour le reste, il s'agit de complaintes maritimes, tragiques, épiques, fantastiques, existentielles. Des histoires de combats navals entre Français et Anglais, de Sainte Vierge qui sauve un équipage, de bateaux gouvernés par des filles de 15 ans. «Les pièces furent trouvées par les membres des Charbonniers autour de la thématique de la mer. Ce ne fut pas toujours évident puisqu'au Québec, on est plus forts sur le canot d'écorce et la chaloupe Verchères», relate Normand.

À l'instar de ses compères, il n'a rien changé à sa manière de chanter. Mais l'écho, l'effet cathédrale, et l'accompagnement avec guitare baroque, violon, percussions, instruments à vent, violoncelle, contrebasse et cistre donnent aux joyeux lurons un air plus solennel. Les musiciens confèrent de la profondeur, respectent les silences, suivent l'action des récits et des émotions comme s'ils mettaient les voix en images. La scène devient dramatique, un coup de cordes rythmique ou une claque de percussion résonne. Un combat s'annonce, un air militaire est sifflé à la flûte. L'atmosphère s'allège, les violons rillent.

Et les musiciens de la Nef, tout comme l'excellente violoneuse Lisa Ornstein qui participe au projet, se font souvent discrets, laissant beaucoup d'espace à Meredith Hall, soprano à la voix pure qui chante dans Le Combat de la Danaé, et aux Charbonniers qu'on a l'impression d'entendre, étonnamment, plus que jamais. «Les Charbonniers deviennent ici très souvent des solistes. Habituellement, on enrobe beaucoup avec les harmonies, mais là, on laissait ça aux instruments», explique Normand Miron. Un exemple de plus de la richesse créatrice puisée dans le merveilleux monde des contrastes.

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Collaborateur du Devoir

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- Le disque La Traverse miraculeuse des Charbonniers de l'enfer et de la Nef est disponible sur étiquette Atma Classique.