Concerts classiques - La rondelle du Centre Bell

Après son Richard Strauss plus que remarquable, la semaine dernière, Franz-Paul Decker abordait, lors d'une soirée viennoise, le répertoire de l'opérette et de la valse.

Il apportait avec lui un couple (à la scène et à la ville), disons «coloré»: elle en robe de rideaux jaune d'oeuf avec gants vénitiens blancs dans la première partie, puis rose fuchsia assortie à des gants en satin argenté dans la seconde; lui impeccable, mais... Le «mais» c'est l'une des plus étranges apparitions vocales à avoir foulé la scène de Wilfrid-Pelletier. Une voix que je n'arrive même pas à décrire.

Au début je me suis dit que ce ténor avait voulu se gargariser avec de la Listérine surchauffée au micro-ondes et qu'il s'était brûlé la langue. Puis j'ai échafaudé l'hypothèse qu'Alois Haselbacher (c'est son nom) s'était égaré du côté du Centre Bell pendant l'échauffement du Canadien et s'était pris une rondelle dans la glotte. En tout cas, ça ne sortait pas, même quand à la fin des airs, il secouait la crinière dans un geste l'oréalien que Kent Nagano lui-même pouvait lui envier!

Ulrike Steinsky, elle, a de la voix sauf dans le bas-médium, où elle développe un parlando gras. Avec un ténor sans éclat, certes sans doute bon comédien chanteur de cabaret, l'ensemble tombait à plat. Dommage aussi que les airs n'étaient ni contextualisés, ni imprimés, ni projetés.

Franz-Paul Decker, à part un Beau Danube bleu transformé en concerto pour trompette, dirige cette musique en la couvant de gestes tendres, avec beaucoup d'humour (Tritsch-Tratsch), une finesse de nuances et des contrastes dans les transitions auxquels l'OSM a mis un certain temps à s'adapter. On entendait, hélas, d'étranges et inutiles rugissements de sa part. En rappel, il a donné une autre vitrine aux deux invités (le duo de La Veuve joyeuse) alors qu'on aurait aimé un bis enlevant, du genre Eljen a Magyar.

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LES ÉVASIONS CLASSIQUES

«Soirée viennoise». J. Strauss fils: Wiener Blut (ouverture), Tritsch-Tratsch Polka, Furioso Polka, An der schonen blauen Donau. Millöcker: Madame Dubarry (air). Lehár: Le Pays du sourire (air). Friederike (extraits). Cinq mélodies populaires viennoises. Kálmán: Grafin Mariza (extraits). J. Strauss père: Radetzky Marsch. Ulrike Steinsky (soprano), Alois Haselbacher (ténor), Orchestre symphonique de Montréal, Franz-Paul Decker. Salle Wilfrid-Pelletier, mardi 11 novembre 2008. Reprise ce matin à 10h30.