Coup de coeur francophone - Tcheka: au loin dans son île

La nouvelle découverte du Cap-Vert, Tcheka, est un mélodiste accompli à la voix haut perchée. Photo: Éric Mulet
Photo: La nouvelle découverte du Cap-Vert, Tcheka, est un mélodiste accompli à la voix haut perchée. Photo: Éric Mulet

Après Lura, Marya Andrade, Gabriela Mendes, Sara Tavares et quelques autres, voici la nouvelle découverte du Cap-Vert. Tcheka, mélodiste accompli à la voix haut perchée qui rappelle parfois celle de Lilison, sera à la Tohu ce soir et dans 13 autres villes québécoises jusqu'au 4 décembre. Un bon coup de Coup de coeur.

«J'habite loin d'ici. Le chemin est si long à pied. Il va plus loin que tu ne l'imagines. Je n'ai que les étoiles pour lumière.» Ainsi s'amorce la pièce-titre de son troisième et nouvel album Lonji qui signifie «au loin». Le chant y est lyrique, le rythme y est cadencé avec une douce intensité, la guitare acoustique pourtant très folk, y est jouée de façon très rythmique. Tcheka maîtrise un art qu'il a lui-même développé au loin, presque seul sur son île.

«La guitare m'est une chose très personnelle que j'ai apprise au sein du groupe familial dans mon village avec mon père qui était violoniste. Jeune, je n'ai jamais écouté d'autres musiques ou connu d'autres musiciens. Au Cap-Vert, il n'y avait pas de communication, ni télé, ni radio», expliquait-il dimanche soir à sa descente d'avion à Montréal. Avec son père, il a appris le funana, le batuke plus ancien et le tabanka de carnaval, qui lui servent de base pour élaborer sa musique, quitte à parfois les fusionner avec d'autres. Ces rythmes viennent de son île de Santiago, la plus africaine de l'archipel. Lorsqu'il les triture, il s'inspire de la nature des sons et des animaux.

Lonji révèle un folk africain très habité, ponctué de petits bruits d'ambiance et de percussions texturées parfaitement mises en évidence par l'intimisme de la facture. Le disque est réalisé par le Brésilien Lenine qui s'implique également comme musicien. «Ma rencontre avec lui m'a permis de concevoir ma musique d'une autre manière, raconte Tcheka. Dans ce disque, nous avons ajouté un peu d'électronique et quelques instruments, comme le cor anglais et le trombone. Auparavant, nous n'avions que des guitares et des percussions.»

Tcheka parle d'amour et de mer, dépeint avec beaucoup de sensibilité des personnages qu'il a parfois rencontrés avec la minutie du caméraman qu'il fut dans une autre vie. «Quand j'écris, je conçois une chanson comme un petit film. Sur la musique, on peut mettre autant l'image que les mots. C'est ce que j'essaie de faire», conclut-il sur le ton très animé d'un communicateur naturel.

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Collaborateur du Devoir

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- Avec Alpha Yaya Diallo à la Tohu ce soir à 20h. Renseignements: 514 790-1245.