Coup de coeur francophone: Pigalle au Club Soda - La générosité avec des bretelles

On n'est pas en France. Non, je ne viens pas seulement de m'en apercevoir. Je constate, c'est tout. En France, cet été, le groupe Pigalle réuni a triomphé dans les festivals, devant des multitudes, vieux fadas de Pigalle, enfants de vieux fadas de Pigalle devenus fadas de Pigalle à leur tour, et jeunes fadas de Pigalle enfants de fans de n'importe qui d'autre, Johnny, Sardou et même Bénabar. Mais non, pas Bénabar, je rigole, Bénabar c'est le champion actuel des variétés, que François Hadji-Lazaro ne peut pas blairer dans son gruau. Au Québec, en tout cas le Québec de lundi soir au Club Soda, les fadas de Pigalle, vieilles badernes ou marmots, n'étaient pas légion.

C'était parsemé dans le Soda, et un Soda parsemé, c'est triste, Madame. Moi qui croyais devoir me forcer un chemin jusqu'au parterre à coups de machette, j'étais à l'aise, malgré mon gabarit. À l'aise et marri d'être à l'aise. Pigalle, enfer et damnation! LE groupe trash-musette des années 80, sang et tripes! Les hérauts de la chanson réaliste ravivée pour les punks et marginaux en tous genres. Un groupe légendaire, oui. Avec un chanteur-multi-instrumentiste immense, le Coluche des chanteurs, j'ai nommé François Hadji-Lazaro.

Qu'à cela ne tienne, foule ou pas foule, le gaillard est la générosité avec des bretelles, et Pigalle a fait son show, alignant pas loin d'une trentaine de titres, et Hadji-Lazaro a déballé un plein conteneur de ses machins merveilleux qui font des sons, le violon pour Marie la rouquine, la flûte traversière dans l'emblématique Pigalle, le banjo dans Les Lettres de l'autoroute, la fabuleuse vielle à roue dans Madame Louise, elle est exquise, la mandoline dans la quasi nostalgique Chez Rascal (c'est là que François a rencontré Manu Chao, les gars des Wampas, etc.), et jusqu'à la cornemuse dans L'Éboueur, tendre évocation du métier dont Hadji-Lazaro rêvait étant petit, tel Gotlib dans sa fameuse Rubrique-à-Brac (Le Boueux de mon enfance).

C'était bien, c'est comme si on était les plaines d'Abraham de McCartney, c'était Hadji-Lazaro qui chantait glorieusement mal et la bande à Pigalle qui nous jouait leur truc sans concession ni baisse de régime. Si on est là, semblaient-ils signifier, c'est pas pour se faire chier. Pour un peu, Français ou pas Français, on se serait crus «dans la salle du bar-tabac de la rue des Martyrs». D'accord, j'exagère. Mais ça me fait plaisir.

À voir en vidéo