Pauline à la page au Théâtre Outremont - Un tout petit grand spectacle

Un tout petit grand spectacle. Pas de grands mâts, pas de voile immense. Plutôt une chaloupe. Une belle Verchère, comme dans la chanson de Clémence. Rien de plus grand que nature. La nature grande toute seule. Mara et Mono ensemble pour L'Âme à la tendresse. Rien que ça et tout ça. Monsieur Mono, l'alter ego à fleur de peau d'Éric Goulet, et Mara Tremblay côte à côte, lui avec sa petite mandoline, elle avec sa grosse acoustique, la grande ballade piano de Dompierre devenue délicat country-folk. Leurs deux drôles de voix en amoureuse harmonie, à la manière de leur adaptation du Love Hurts de Roy Orbison sur le premier album de Monsieur Mono.

Tout Pauline Julien et Gérald Godin dans ces minutes-là. Proximité, émoi, fierté. On repartait de l'Outremont samedi soir avec la «tendresse» de Mara et Mono dans les mains, comme un enfant tient un poussin. Pour dire la vérité, on laissait un peu le reste derrière. En jasant pour jaser qu'il y avait eu ça de bien, ça de moins bien. Bien sûr que c'était inégal. Pierre Flynn était évidemment l'ancrage du bateau, fort sans forcer, autant que Mara était Mara, l'authenticité chevillée au corps. On n'était pas surpris que les jeunes chanteuses, Andréanne Alain, Alecka, Viviane Audet, soient un peu déficitaires, eh! Chanter Pauline, méchant contrat! Elles compensaient en énergie, en bouffées de lendemains chantants. Ce n'était pas facile non plus pour Benoît Paradis: sa plus belle voix, c'est la trompette. On maugréait un peu contre la sono. La batterie de Francis Roberge trop forte, les paroles des chansons qu'on perdait souvent dans les orchestrations parfois un peu appuyées du directeur musical Éric Auclair, etc. Pas bien grave, tout ça.

Pas grave parce qu'il y a eu L'Âme à la tendresse par Mara et Mono, et que ça joue et rejoue dans ma tête en ce dimanche matin où j'écris ces lignes. Maintenant que j'y repense, d'autres moments me reviennent. Flynn bien beau en grand frère, accompagnant les uns et les autres, au piano, à l'orgue Hammond B-3. Et Monique Giroux sur l'écran, depuis les toits de Paris, nous offrant la Pauline de son adolescence (qu'elle faillit frapper coin Resther et Mont-Royal!), et puis sa Pauline aphasique, et la Pauline qui «a choisi l'heure de sa dernière heure». Et Mommy, la terrible Mommy de Gilles Richer et Marc Gélinas, sorte de «ghost of the future» de notre chanson, manifeste à nouveau signé, à plusieurs voix. Et puis au rappel, tout le monde assis sur scène, de dos, regardant comme nous Pauline chantant Le Rendez-Vous. «Ce rendez-vous où je n'ai pu venir...» Et pourtant, elle était là. Et sera là le 28 novembre au Palais Montcalm.