Musique classique - New York: l'opéra en ébullition

Fin de semaine chargée pour la vie lyrique à New York. Le coup de tonnerre, vendredi, n'a finalement pas été la première de La Damnation de Faust mise en scène par Robert Lepage au Met, mais l'annonce conjointe de Gérard Mortier et du New York City Opera de leur divorce.

La maison rivale du Metropolitan Opera avait créé la surprise en annonçant, en février 2007, la nomination de Gérard Mortier, comme directeur général et directeur artistique à compter de la saison 2009-2010. Mortier, directeur de l'Opéra de Paris, ancien directeur du Théâtre de la Monnaie à Bruxelles et du Festival de Salzbourg, est réputé pour son amour inconditionnel pour les mises en scène décapantes ou provocantes et sa haine tout aussi inconditionnelle du bel canto et de Puccini.

Il venait à New York pour donner un grand coup de pied dans la fourmilière. Mais la révolution avait un coût. Mortier tablait sur un budget de 60 millions de dollars par année pour réaliser ses ambitions. Avec la récente crise financière, le New York City Opera (NYCO) n'avait pu glaner que 36 millions. Susan L. Baker, présidente du conseil d'administration du NYCO, a déclaré au New York Times être «déçue et extrêmement découragée» par le retrait de M. Mortier. Elle rêvait de mettre au moins sur pied une première saison, qui aurait, selon elle, «galvanisé les commandites».

Le départ de Mortier va sans doute mettre un terme à l'émulation espérée entre le Met et le NYCO, qui devra réviser ses ambitions à la baisse. Mortier avait commandé des opéras à Charles Wuorinen (Brokeback Mountain) et Phil Glass (sur la vie de Walt Disney). Il tente de trouver à présent d'autres institutions susceptibles d'accueillir ces créations.

Ce même soir, Robert Lepage présentait au Met sa vision de La Damnation de Faust de Berlioz. Tout le buzz autour du spectacle faisait état des défis de la production la plus high-tech de l'histoire du Met. Les commentaires critiques paraîtront pour la plupart aujourd'hui. Dans le seul article publié pour l'heure, la journaliste d'Associated Press, ne s'engage pas trop en parlant de «lavishly modern, multimillion-dollar production wrapped around a technically polished reading of the score». Elle considère que les héros de la soirée furent les choristes! Cette production sera relayée sur les écrans de cinéma le samedi 22 novembre en après-midi.

Samedi, justement, ces mêmes écrans diffusaient Doctor Atomic, opéra moderne de John Adams, programmation permettant de chiffrer le noyau dur des inconditionnels des diffusions du Met. L'opéra contemporain semble avoir rassemblé entre 40 % et 50 % du public habituel, ce qui fait tout de même plus, dans une seule des treize salles du Québec, que l'auditoire du NEM et celui du Quatuor Molinari réunis. Le public attentif (très peu de départs en cours de spectacle) ne répétera sans doute pas l'expérience plus d'une fois par saison.

La remarquable production de Penny Woolcock réussit à bien faire coexister, au second acte, les sphères privées et publiques du physicien J. Robert Oppenheimer. Dans ce spectacle filmé avec la nervosité et l'abus de contre-plongées auxquels Gary Halvorson nous a hélas habitués, le baryton Gerald Finley crevait l'écran, notamment dans son monologue de la fin du Ier acte, moment fort de l'opéra. L'ouvrage d'Adams gagnerait à quelques coupures, notamment une inutile scène sur la diète du commandant à l'acte I et le trop long monologue de la femme d'Oppenheimer au début de l'acte II. Grosse incohérence de mise en scène: la nounou indigène chante ses mélopées à un «little one» (enfant), mais l'enfant devait être pris dans les embouteillages...