Bill Frisell, le seigneur

S'il est vrai que la chose musicale est affaire de sensibilité dite personnelle, alors affirmons d'emblée que Frisell nous ravit là où les autres nous agacent, nous énervent, nous pompent l'air, parce que les autres en question ont la fâcheuse comme déplorable manie d'en remettre des louches question machisme instrumental. Bref, Frisell séduit là où les John Scofield, Mike Stern et autres John McCaughlin nous escagassent parce qu'ils ne sont pas des bons à rien mais bien des mauvais en tout. C'est dit.

Publiée comme d'habitude par Nonesuch Records, sa nouvelle production s'intitule History, Mystery. Elle est la somme d'extraits enregistrés à divers endroits d'Europe et des États-Unis. Attention! Il ne s'agit pas de pièces anciennes livrées en pâture au public, mais bien de pièces nouvelles, de compositions pour la plupart originales.

En effet, mis à part Jackie-Ing de Thelonious Monk, Baba Drame de Boubacar Traore, A Change Is Gonna Come de Sam Cooke, Sub-Conscious Lee de Lee Konitz, les chansonnettes ont toutes été écrites par l'homme né à Baltimore en 1951 et ayant étudié avec Jim Hall. Le tout se présente sous la forme d'un double compact.

À la faveur de ses récentes productions, le guitariste fou de Buster Keaton, signe d'un goût certain, s'était amusé, car il s'amuse toujours, à tricoter à trois. Aujourd'hui, il nous revient en compagnie de souffleurs et de pinceurs de cordes. Il y a Ron Miles au cornet, Greg Tardy au saxophone, Jenny Scheinman au violon, Eyvind Kang à l'alto, Hank Roberts au violoncelle, ainsi que ses complices habituels Tony Scherr à la contrebasse et Kenny Wollesen à la batterie, deux vétérans du Sex Mob de l'inénarrable Steve Bernstein.

Le résultat est à l'image du passé. C'est-à-dire? Écouter Frisell, c'est goûter la finesse, la richesse de ses horizons sonores qui oscillent du vieux folklore des campagnes américaines à l'avant-garde new-yorkaise. Écouter Frisell revient à titiller l'oreille. À être à l'affût de la moindre subtilité. Écouter, c'est être désorienté sans jamais être agressé. Comme quoi l'homme est un grand monsieur.

En rafales

Le mois de novembre s'annonce très chargé au Upstair's. Et ce, dès ce soir, alors que la chanteuse Ranee Lee occupera la scène à la tête de son quintet. La semaine prochaine, l'excellent trompettiste Kevin Dean prendra le relais avec un invité de marque: le saxophoniste alto P. J. Perry. Ensuite? Les 21 et 22 novembre, la grande chanteuse Sheila Jordan sera accompagnée d'un contrebassiste qui a joué avec pratiquement tout le monde, soit Cameron Brown. Enfin, les 28 et 29 novembre, le saxophoniste Chet Doxas sera flanqué du batteur new-yorkais Bill Stewart. Gros mois, bon mois.

Trompettiste, compositeur et fondateur d'un des meilleurs big bands qui soient d'Halifax à Vancouver, Joe Sullivan se produira le 21 novembre à la Casa Luna, située au 2977 de la rue Université. À noter qu'aux côtés de Sullivan, de Rémi Bolduc, d'Aron Doyle et d'André Leroux, il y aura un vétéran de la scène canadienne. Un contrebassiste qui a enregistré ou joué avec Paul Desmond, Jay McShann, Junior Mance, Ed Bickert, Buddy Tate et quantité d'autres. De qui s'agit-il? De Don Thompson.

Le batteur Lee Young, que vous avez entendu en compagnie de son célèbre frère Lester et du tout aussi célèbre Nat King Cole, n'est plus. Il avait 81 ans. Amen.
2 commentaires
  • Pierre-Alexandre Tremblay - Abonné 8 novembre 2008 07 h 50

    Est-ce une critique de disque, ou une appréciation de M. Truffaut?

    Monsieur Truffaut

    Dire que Frisell vous touche, ça ne veut pas dire pas grand-chose, mais bon, ça va. Mais aller dire que John Scofield, Mike Stern et John McLaughlin sont mauvais en tout, c'est quand même démontrer à vos lecteurs que votre jugement de scribouilleur ne tient pas la route, et que vous préférez la belle formule incendiaire au jugement fondé.

    J'étais encore sous la naïve impression que votre travail de critique était de mettre en contexte une oeuvre et d'en juger la qualité et l'importance dans un milieu assez spécialisé, vous qui avez la chance d'écouter de façon professionnelle une plus grande palette de productions (disques, concerts) que le commun des mortels. Votre jugement personnel, qui au mieux représenterait une petite partie de ce texte esthétique critique et doit évidemment être mis en perspective, ne devrait importer que très peu. Je devrais comme lecteur pouvoir en faire abstraction si je ne suis pas d'accord, et tout de même avoir une impression de la qualité du produit jugé : pouvoir me faire une idée sur sa pertinence, son contexte...

    Même si je ne suis pas fan de Stern, que j'adore Frisell et que j'ai mes réserves face à certaines productions de McLaughlin et Scofield, je reste convaincu qu'ils ont leur pertinence dans l'univers de la guitare jazz, comme vous l'êtes d'ailleurs si vous les avez pris comme icône du mauvais goût: ils ont proposé un son, une approche unique, avec de bons et mauvais coups. En les rejetant comme tout mauvais, la seule indication que vous donnez à votre lecteur, c'est qu'il ne peut plus se fier à votre jugement binaire et sans nuances.

    Lisez ici toute ma déception. Soit, votre mise en contexte de la dernière mouture de Frisell est là, mais après votre introduction, je suis en droit de me demander si je peux y accorder une quelconque crédibilité...

  • Marc Lavallée - Inscrit 8 novembre 2008 11 h 48

    Oreille saturée de critique musical cherche réconfort?

    Je suis d'accord avec P.E. Tremblay. D'un côté tous les guitaristes contemporains seraient nuls sauf un, et puis hop, on retourne sa veste pour promouvoir la scène canadienne. Ceci dit, j'ai hâte d'écouter le dernier Frisell qui ne peut être qu'excellent.