30e gala de l'ADISQ - Gros party d'anniversaire chez Céline

Céline Dion sur la scène du Centre Bell après l’hommage qui lui a été rendu hier soir au 30e gala de l’ADISQ.
Photo: Pascal Ratthé Céline Dion sur la scène du Centre Bell après l’hommage qui lui a été rendu hier soir au 30e gala de l’ADISQ.

Deux Félix lundi dernier et deux Félix hier soir font quatre Félix pour Karkwa et autant pour Isabelle Boulay, mais la grande bringue de l'ADISQ au Centre Bell était aussi celle d'Ariane Moffatt et du tandem Alfa Rococo. Tout ça sur la scène des triomphes à répétition de Céline Dion, à laquelle Luc Plamondon, André Gagnon et l'OSM ont rendu un hommage canon.

Question de perception. Pour qui assistait hier au gala de l'ADISQ, trentième du nom, sur place dans le Centre Bell de Céline Dion ou dans les chaumières du Québec à l'heure avancée, c'était la soirée Cendrillon d'Alfa Rococo, ce duo pop plus cool que cool: le couple Justine Laberge-David Bussières a par deux fois gravi les marches menant au podium, appelé contre toute attente pour le Félix de l'«album de l'année - pop» et le Félix de la «révélation de l'année». La jeune femme regardait son homme et c'était à qui était le plus ébahi. «La surprise est totale...», a finalement lâché Laberge.

C'était aussi, pour plusieurs, la soirée d'Ariane Moffatt, à qui le Félix de l'«album de l'année — auteur-compositeur-interprète» allait presque d'office pour le remarquable Tous les sens. Ça lui en aura fait deux aussi, in extremis, avec le Félix de la «chanson populaire de l'année», inespéré celui-là, considérant qu'il y avait également en lice Lever l'ancre, la chanson-poison d'Alfa Rococo. La musicienne exultait, personne n'en revenait: c'était à la toute fin du gala, on s'en souviendra d'autant. Question de perception. On ressortait avec l'impression que tout le monde avait eu ses deux trophées, y compris Isabelle Boulay et Karkwa.

Mais pour qui comptabilisait les résultats des trois galas de l'Association québécoise de l'industrie du disque, du spectacle et da la vidéo, à savoir les vingt gagnants des catégories artistiques de «L'Autre gala de l'ADISQ» présenté lundi soir au Métropolis, plus les vingt-cinq récipiendaires de statuettes dans les catégories «industrielles» du bien-nommé «gala de l'industrie» (tenu au Club Soda en fin d'après-midi lundi), plus les treize gagnants de la méga-surboum radio-canadienne d'hier soir, le portrait de famille des élus 2008 était redessiné. Daniel Bélanger se retrouvait ainsi dans la cohorte d'élite des gagnants de deux trophées, ajoutant à son Félix de lundi après-midi, celui du «metteur en scène de l'année» pour le spectacle L'Échec du matériel, celui de dimanche soir, pour le même spectacle, dans la catégorie «auteur-compositeur-interprète».

Mais, tout bien additionné, c'est Karwa et Isabelle Boulay qui ressortaient grands vainqueurs, à quatre statuettes partout. En effet, déjà auréolée de deux victoires notables lundi, Félix de l'«album de l'année - alternatif», Félix du vidéoclip pour la splendide illustration de la chanson Échapper au sort, la bande à Karkwa était consacrée hier «groupe de l'année». Plus important encore, Louis-Jean Cormier et les siens l'emportaient dans la catégorie la plus prestigieuse du gala, celle de l'«auteur ou compositeur de l'année». De mémoire, seul Daniel Bélanger avait jusqu'alors reçu deux fois cette accolade parmi les accolades: Karkwa l'avait obtenu, rappelons-le, en ex-aequo avec Pierre Lapointe en 2006. Cette fois-ci encore, la catégorie était d'exceptionnel niveau, et on n'aurait pas voulu faire partie du jury spécialisé qui a dû trancher entre Karkwa, Catherine Major, El Motor, Diane Dufresne et Urbain Desbois.

L'année parfaite d'Isabelle Boulay

Même calcul à la hausse pour Isabelle Boulay, dont l'année 2008 aura été non seulement faste comme les précédentes mais parfaite, couronnée par la récente naissance de Marcus, son premier enfant. Lequel pourra jouer aux quilles avec les trophées, ceux de lundi et d'hier portant à dix-sept la collection de la chanteuse, dont sept fois le Félix de l'«interprète féminine de l'année», titre décidément sien. À ce Félix-fétiche, symbole de l'affection à long terme du public et de l'industrie envers la Gaspésienne, l'heureuse maman en accolait donc trois autres: celui du «spectacle de l'année — interprète», et les deux de lundi, celui de l'«artiste s'étant le plus illustré hors Québec» et celui, plus surprenant, du «scripteur de spectacles de l'année», damant le pion à des humoristes dont l'écriture est le premier métier, de Rachid Badouri à... Louis-José Houde.

Petite douche froide pour le verbomoteur, qui animait la grand-messe chansonnière pour la troisième fois, toujours aussi habilement. Certes un brin plus prévisible dans les numéros (le retour moyennement heureux des extraits de remerciements de pochette, le «mini gala Ici Louis-José Houde» avec ses moments plus ou moins cocasses des galas d'hier et d'avant-hier, les capsules plutôt inégales en compagnie des «interprètes féminines de l'année» au Saint-Hubert), le gaillard n'en demeurait pas moins vite sur ses patins: il était craquant, faisant l'apeuré devant un groupe hip hop. Et la présentation façon Soirée du hockey des gagnants de «L'Autre gala», sur la passerelle du Centre Bell avec Claudine Prévost puis Babu de MusiquePlus, était bien trouvée.

Et si, dans le genre prévisible, le Félix de l'«album de l'année - rock» était pour ainsi dire télégraphié à Marie Mai et sa Dangereuse attraction, et que le Félix de l'«album de l'année — meilleur vendeur» ne pouvait revenir qu'au Duos Dubois de Claude Dubois, dont la paresseuse réalisation et les rencontres artificiellement créées n'ont pas empêché des chiffres faramineux au tiroir-caisse, on n'a pas vu venir l'irrépresssible Gregory Charles qui, se faufilant entre les favoris Daniel Bélanger, Pierre Lapointe et Nicola Ciccone, a raflé le Félix majeur de l'«interprète masculin de l'année». C'est dire à quel point il faut se méfier de nos préjugés dans cette catégorie soumise principalement au vote populaire: autant Gregory Charles apparaît insupportable à certains (moi, par exemple, qui l'évite systématiquement), autant il est apprécié par le plus grand nombre. La preuve. Il a beau trouver le moyen d'inclure les rôtisseries St-Hubert, Céline Dion et Barack Obama dans le même laïus frénétique de remerciements, de commentaires et d'espoirs, on l'applaudit quand même.

Pareillement, on ne peut pas toujours aller à l'encontre du phénomène Céline Dion: dans ce Centre Bell qu'elle n'en finit plus de remplir (supplémentaire en février!), l'hommage qui lui était consacré hier, plus qu'entérinant simplement un état de fait, sa popularité mondiale, était aussi profondément senti qu'interminable. Luc Plamondon s'est écouté longuement et trouvé amusant tout le temps, mais il était vraiment ému, et son rappel de l'incroyable histoire de Céline Dion n'était pas moins impressionnant. Même chose pour la bio en vidéo: la totale des exploits et des petites et grandes émotions de la vie de Céline faisait son effet. Plus que l'accompagnement musical, pièce originale créée par André Gagnon pour l'occasion, avec l'OSM en renfort. Plus tapisserie, tu t'installes dans un ascenseur. L'ovation monstre qui a suivi tout ça était en soi un formidable hommage, et le mot de Céline, en contraste, était d'une remarquable sobriété. Un grand moment? Long et grand, oui, mais certainement pas aussi chavirant que le numéro conjugué de Robert Charlebois et des Cowboys Fringants. Faire lever une salle, même une salle de soir de gala, c'était ça.

N'empêche que cette soirée anniversaire de l'ADISQ était un peu beaucoup la soirée de Céline Dion, présente aux trente secondes à la caméra (telles qu'assise au parterre avec René Angelil). À la fin, ça faisait un peu gala à la place du gala. Lui remettre un Félix pour l'ensemble de ses accomplissements, son quarantième Félix en trente ans d'ADISQ, était absolument légitime, en quelque sorte une genuflexion locale envers la championne planétaire: oui, il y a Céline, et il y a les autres. Encore heureux que l'ADISQ ait ménagé de la place aux autres dans son Centre Bell à elle, fut-ce en complément de programme. Le fait est que les prestations étaient plus nombreuses et variées que jamais en cette soirée anniversaire. Au final, ç'aura été une grande soirée pour Céline Dion, les ailes de poulet ET la diversité musicale.

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