Mutek_Vision - Un appel aux sens

Mutek, ce n'est pas que des concerts de musique électronique. Bien que la part visuelle soit importante dans les prestations des musiciens invités, quatre programmes vidéo totalisant 31 oeuvres sont insérés dans une section présentée au Cinéma Parallèle, à Ex-Centris, et entièrement consacrée à la vidéo expérimentale. Depuis hier soir, des vidéoclips d'avant-garde tournent qui n'ont strictement rien à voir avec Musique Plus. La chose s'intitule Mutek_Vision.

La sélection a été faite par Nicole Gingras, commissaire connue à Montréal pour son implication dans la promotion des productions multimédia aux horizons multiples, et par Éric Mattson, programmateur à Mutek. Jusqu'au 6 juin, les rapports entre la musique, le son et l'image sont scrutés.

En première mondiale ce soir, Untitled #91, du compositeur Francisco López et du cinéaste Jorge Simonet. Sur 60 minutes, l'oeuvre se présente comme une succession de micro-événements qui se déploient progressivement, selon un principe de suspension et d'élongation du temps. «C'est un flot d'images intenses qui s'installent dans la durée. Il y a une réduction de signal qui donne sur une grande force en matière d'intensité sonore. C'est une oeuvre méditative qui demande de se laisser aller en immersion.»

Le programme Fractures avait été présenté l'an dernier à Londres et à Montréal. Selon la commissaire, ce programme traite «de notion de limite de l'image et du son» et cherche à traquer le moment où «le son devient un bruit et où le bruit devient un son» ainsi qu'à définir jusqu'où on peut aller «dans l'infiniment petit pour avoir tout de même une image». La sélection remonte jusqu'aux années 70 pour tirer sa matière.

Hiatus préfère la rencontre entre l'image et le son. «On met l'accent sur les musiciens» dans cette portion. Il faut signaler les oeuvres de Jan Jelinek, aussi de la programmation régulière de Mutek, avec une oeuvre dont les images sont tirées de Faces, de John Cassavetes. Les Montréalais Robin Dupuis (avec l'inquiétante Captive) et Nelly-Anne Rajotte sont également du lot.

Le programme Austrian Abstracts est issu d'une collaboration avec un distributeur de Vienne, Sixpack Film, spécialisé dans le cinéma et la vidéo expérimentale, à partir de compilations récentes que réalise le distributeur. «C'est un travail de manipulation de l'image numérique très sophistiqué au chapitre des textures. La plupart des réalisateurs de ce programme sont de Vienne.»

Dans la plupart des bandes présentées à Mutek_Vision, le rapport de l'image au son n'a rien de narratif ni d'illustratif. «Il y a des points de rencontre et des points de rupture entre le son et l'image. Certaines des oeuvres sont plus atmosphériques, plus ambiantes. Ce sont de petites capsules de son et d'image qui exigent d'augmenter notre degré d'observation., mais aucune histoire ne nous est racontée.» Le ton est aux sensations. Les quatre programmes de Mutek_Vision sont diffusés à plusieurs reprises jusqu'au 2 juin.