Concerts classiques - L'orgue à la croisée des chemins

Le concert de clôture du Festival Orgue et couleurs, dimanche, marquait en même temps le lancement du Concours international d'orgue du Canada, qui se déroulera du 8 au 19 octobre. James

Higdon, de l'université du Kansas, y est membre du jury. Il avait choisi de présenter en solo deux pièces de Jehan Alain, où l'on devinait déjà le sens de la plénitude dans la registration qui fit, ensuite, le prix de sa puissante conception du Concerto pour orgue et timbales de Poulenc.

L'élément de curiosité pour les mélomanes montréalais était évidemment de pouvoir entendre Jacques Lacombe à la tête de son Orchestre symphonique de Trois-Rivières (OSTR), que l'on pouvait espérer plus enclin à suivre son chef que l'OSM, que nous avons vu plusieurs fois traîner la patte sous sa baguette. L'OSTR est assurément plus volontaire, même si l'on ne peut statuer sur ses qualités intrinsèques à partir d'un concert donné par un noyau réduit de musiciens.

Le pôle d'attraction du concert était indubitablement le Concerto pour orgue et timbales de Poulenc, mais Jacques Lacombe avait choisi par ailleurs trois oeuvres assez énigmatiques. Un ratage majeur à signaler: The Unanswered Question, où les interventions des quatre flûtes étaient assurées par l'orgue. Mais le volume de quatre flûtes, même en forte ou fortissimo, face à quarante cordes, n'est pas du tout le même que celui d'un orgue opposé à vingt cordes, dont la ligne lancinante était rapidement obstruée. Dans la suite Rakastava de Sibelius, Lacombe a essayé de donner de la transparence et de la légèreté à l'ensemble, avec un honorable succès.

Le plus titillant fut le Cantus de Pärt, joué par les instrumentistes disséminés dans les allées de l'église, le chef faisant face ainsi au public. On peut ne pas apprécier la pauvreté intrinsèque du matériau musical, mais l'effet produit était réussi, avec une admirable plongée vers le grave en fin d'oeuvre.

Dans Poulenc, James Higdon a choisi les registrations avec un flair infaillible. Il aurait fallu une demi-douzaine de cordes de plus pour dialoguer à armes égales, mais l'OSTR et son chef ont rendu justice à la versatilité des atmosphères et à la carrure rythmique des allegros. La timbale, par contre, était un peu trop discrète.

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ORGUE ET COULEURS

«Symphonie de couleurs». Alain: Litanies, Deuxième Fantaisie. Sibelius: Rakastava. Ives: The Unanswered Question. Pärt: Cantus in memory of Benjamin Britten. Poulenc: Concerto pour orgue, orchestre à cordes et timbales. James Higdon (orgue), Orchestre symphonique de Trois-Rivières, dir. Jacques Lacombe. Église St. Andrew & St. Paul, dimanche 5 octobre 2008.