PurForm - Le langage des modernes

Le FausTechnology est de retour. La pièce, depuis sa création en 2000, a fait son petit tour de planète avant de revenir pour être à nouveau proposée aux Montréalais. Pour Yan Breuleux qui, avec Alain Thibault, compose le duo, l'oeuvre est immersive, progressive: «L'idée de PurForm est de partir d'éléments simples pour les amener vers une complexité plus grande.»

Changement de programme. Ceux qui attendaient Blackbox/PurBlue, du duo PurForm, dans le cadre du MNM, auront plutôt droit à FausTechnology. Le duo montréalais formé de Alain Thibault (musique) et Yan Breuleux (images) revient à cette proposition rarement vue et entendue à Montréal, si ce n'est à l'Usine C lors d'une édition du festival ELEKTRA.

PurForm devait créer une nouvelle oeuvre pour le festival Montréal/Nouvelles Musiques. En reprise, FausTechnology va permettre aux Montréalais de reprendre contact avec les trois écrans des environnements sonores progressifs de l'oeuvre inaugurée en 2000.

La forme pure des modernes est derrière le travail du duo montréalais. Elle l'est du moins derrière le travail plastique de Yan Breuleux, qui procure aux oeuvres leur imagerie. En 1996-97, l'événement «Neige sur neige» avait fait se rencontrer les deux comparses. «J'ai entendu sa musique et je me suis dit: c'est exactement ce que je fais, mais au niveau sonore, explique Yan Breuleux. Sans directives, je lui ai donné une bande de l'animation de cinq minutes que j'avais faite, et il a créé une musique là-dessus.»

Puis Breuleux, un ex-étudiant en arts plastiques de l'UQAM , a voulu travailler sur la lumière artificielle. «Il m'a passé sa musique. J'ai fait le truc sur la lumière, directement sur sa musique», précise l'artiste. Cette collaboration a donné A-B-C Light, qui a tourné pas mal en Europe et qui leur a valu en 1998 une résidence de création au Centre des nouveaux médias du Centre culturel canadien à Paris. «C'était une pièce qui martelait avec la lumière. Sans être agressante, la pièce prenait les gens malgré eux. J'utilisais les stratégies de la publicité pour saisir les gens.»

FausTechnology est une oeuvre immersive, progressive tant par sa musique que par sa portion visuelle. Elle a été montrée au Batofar, à Paris, et dans le contexte de l'ISEA (Inter-Society for Electronic Art) à Nagoya, au Japon

Art moderne

Avec PurForm, le nom même du duo, se joue un joli glissement sémantique qui lie la forme pure (pure forme) et la performance (perform). Les deux artistes oscillent entre les deux pôles. «Derrière PurForm, il y a une volonté de travailler l'image et le son synthétiques. On part de l'ordinateur comme outil, mais on l'amène ailleurs complètement. L'idée de PurForm est de partir d'éléments simples pour les amener vers une complexité plus grande.» L'inspiration visuelle de Breuleux vient de la peinture abstraite, des modernes, de la peinture hard-edge, des constructivistes ou encore des expressionnistes abstraits. Il table en effet sur ces langages essentiellement picturaux pour nourrir l'image vidéo.

Le duo est également connu sous le nom de Dance Against the Machine (DATM), qui leur permet de développer leur côté un peu plus sucré. «Avec DATM, notre côté pop émerge. PurForm, c'est davantage expérimental.» Mais les deux pôles se croisent: «On amène l'expérimental dans les clubs avec DATM; avec PurForm, c'est l'inverse: on amène des stratégies connues dans la techno ou dans la musique électronique, et on utilise ce langage dans une perspective expérimentale.»

FausTechnology

Peu de gens ont vu la pièce à Montréal. Présentée à l'aide de trois écrans, cette pièce hypnotique permet un retour sur Faust — sur la technologie faustienne plus précisément: «La technologie de l'illusion.»

«Les images que j'ai créées ressemblent à un expressionnisme abstrait animé. Il y a de la place pour que le spectateur puisse se projeter dans les images. C'est la même chose pour la musique. Alain et moi nous sommes entendus pour que ni la musique ni les images ne soient trop complexes. Ainsi, ni la musique ni les images ne prennent le dessus pour que les deux soient en fusion — dans la mesure où chacune est limitée —, pour que chacune joue avec l'autre.»

Plus spécifiquement, Breuleux s'est inspiré de La Nuit de Walpurgis du récit faustien. «Méphistophélès pendant cette nuit montre les pouvoirs de l'illusion et à quel point il maîtrise le visible. J'ai créé mes images en pensant à cet acte.» En montrant le spectacle, Breuleux se positionne de manière à «tomber dans le côté manichéen» de l'histoire. «La richesse du mythe tient dans le fait qu'il interroge notre tentation.» Ainsi, le potentiel de séduction de la technologie est mis sous examen.

Côté musical, les micro-variations dominent. Une série de boucles se relancent sans cesse, changent progressivement et créent des modifications à peine perceptibles. Plutôt que de privilégier des images saccadées, Breuleux a préférer travailler «des transitions sur le temps, à long terme». La matière visuelle et sonore se module continuellement tout au long de la pièce.

Il faudra attendre le mois de mai pour entendre Blackbox, «une métaphore du cerveau humain» proche de l'art cinétique, et PurBlue, «un monochrome bleu en vidéo», où les références à l'artiste français Yves Klein fusent. Et le langage des modernes de continuer à frayer dans le travail de PurForm.

Elektra/Purform à l'Usine C, au 1645, Lalonde, le samedi 8 mars à 21h30.