Musique classique - Louise Bessette, l'âme de l'Automne Messiaen à Montréal

La pianiste Louise Bessette
Photo: La pianiste Louise Bessette

L'automne musical montréalais sera largement dédié à la célébration du centenaire Messiaen. Ces festivités, lancées par la prestation de Zubin Mehta et l'OSM dans Et exspecto resurrectionem mortuorum, doivent beaucoup à l'énergie et à la passion de la pianiste Louise Bessette. Elle a remué ciel et terre pour animer et coordonner cet événement. S'agissant de Messiaen, on parlera évidemment plus de ciel que de terre...

Le ciel est l'univers de Messiaen. Le ciel de sa fervente croyance catholique, qui lui a inspiré tant de compositions dédiées au Tout-Puissant. Le ciel, aussi, des messagers ailés de son langage musical: les oiseaux. Zubin Mehta rappelait récemment que la carte de visite que lui avait un jour remise Olivier Messiaen comprenait trois professions: organiste, compositeur, ornithologue.

Messagers ailés

Des chants d'oiseaux, Messiaen en a colligé tant et plus sur tous les continents et l'une de ces oeuvres pianistiques les plus ambitieuses — elle dure près de trois heures... — s'appelle Catalogue d'oiseaux. Ses autres compositions pianistiques les plus emblématiques sont Visions de l'Amen (pour deux pianos) et Vingt regards sur l'Enfant-Jésus. Habitants tangibles et intangibles des cieux se mêlent évidemment: les oiseaux apparaissent dans la plupart des oeuvres orchestrales de Messiaen, y compris celles inspirées par les Écritures. Ainsi, dans Et exspecto resurrectionem mortuorum, présenté récemment à la basilique Notre-Dame, les auditeurs ont pu entendre deux messagers ailés: l'uirapuru du Brésil et l'alouette calandre de Grèce.

Professeur éminent d'analyse musicale et de composition, Messiaen a eu une influence notable sur plusieurs générations de créateurs. Des Canyons aux Étoiles, qui sera interprété mercredi par Louise Bessette, Walter Boudreau et l'ensemble de la SMCQ, est écrit pour piano, cor, xylorimba, glockenspiel et orchestre. L'exploitation des percussions et de leurs couleurs spécifiques dans l'expression orchestrale doit beaucoup à Messiaen.

Même dans la création (discutable par ailleurs) de l'oeuvre du jeune compositeur Ramon Humet à l'OSM cette semaine, on entend (cf. son premier mouvement) une réappropriation des univers sonores ouverts par Messiaen. Ce n'est pas pour rien que Louise Bessette cite Tristan Murail, Bruno Ducol et Allain Gaussin comme les disciples les plus marqués par l'héritage de Messiaen: le premier a lui-même créé de nouveaux mondes sonores, le second enseigne l'analyse musicale et le troisième, la composition! Sur le plan de la spiritualité, c'est Gilles Tremblay qui aux yeux de Louise Bessette peut incarner un héritage: «Par sa personnalité et sa musique on sent une descendance directe», dit-elle.

La passion pour la musique d'Olivier Messiaen, Louise Bessette l'a ressentie lorsque, adolescente, son professeur, Raoul Sosa, lui demanda de travailler le onzième des Vingt regards: Première communion de la Vierge: «J'ai été immédiatement séduite par le langage pianistique, la rythmique, les couleurs et les contrastes de tempos. En bref, toute l'atmosphère que dégage la musique de Messiaen.»

Il est bien sûr possible de jouer les Vingt regards sur l'Enfant-Jésus isolément, «mais l'oeuvre ne prend tout son sens, en tant que voyage et univers, que sous forme d'intégrale, pense Louise Bessette. Les spectateurs me disent souvent qu'ils ont fait un grand voyage quand ils ont écouté cette oeuvre.» La pianiste a choisi de jouer cette partition emblématique pour la date anniversaire de Messiaen, le 10 décembre, à la salle Pollack.

Parmi les grandes difficultés liées à l'interprétation de cette musique, la pianiste cite en premier la «grande complexité rythmique» qui, après trente ans, lui est devenue pourtant naturelle. Louise Bessette mentionne ensuite les couleurs, les sonorités et les atmosphères: «Il y a chez Messiaen des tempos très lents qui souvent sont joués trop vite — par exemple dès le premier des Vingt regards. Pour beaucoup de pianistes, il est très difficile de soutenir un tempo très lent au piano. Moi, je suis à l'aise avec ça!», dit-elle.

À l'aune de l'ensemble de son oeuvre, la force de Messiaen réside, aux yeux de la pianiste, dans une faculté rare: «C'est comme si le temps s'arrêtait et qu'on plongeait dans un univers extraordinaire qui célèbre la nature, les oiseaux et Dieu.»

Temps forts

Dans la constitution du programme de l'Automne Messiaen, Louise Bessette a bien sûr été aidée par l'éminence du personnage, qui fait que tous les promoteurs de la musique du XXe siècle dans la métropole s'étaient apprêtés à programmer ses oeuvres. Il a néanmoins fallu coordonner les choses pour éviter les redites.

Il y avait aussi, à la barre de l'OSM, un chef dont Messiaen est véritablement le père spirituel. Peu de centres musicaux, même prompts à rendre un hommage au compositeur français, ont eu la volonté et, surtout, les imposants moyens financiers requis pour programmer l'emblématique opéra-fleuve (plus de quatre heures!) Saint François d'Assise, point culminant des célébrations montréalaises, qui sera programmé les 5 et 9 décembre par l'Orchestre symphonique de Montréal.

On n'entendra pas cet automne la célèbre Turangalîla-Symphonie, mais dès mercredi, à la salle Pierre-Mercure, pour l'inauguration de la saison de la SMCQ, Des Canyons aux Étoiles, en trois parties et douze mouvements, devrait étancher la soif des amateurs de musiques orchestrales de grande ampleur.

L'organiste Patrick Wedd reprendra l'intégrale de l'oeuvre d'orgue de Messiaen à la cathédrale Christ Church en huit concerts, du 18 octobre au 20 décembre. Cette même intégrale sera donnée en bloc le jour même du centenaire Messiaen (le 10 décembre) à la basilique Notre-Dame par Pierre Grandmaison et ses invités. Un prix Messiaen sera par ailleurs décerné lors du Concours international d'orgue du Canada, les 13 et 14 octobre à l'église Saint-Jean-Baptiste.

Pour ce qui est des autres oeuvres, vous pourrez entendre les Chants de terre et de ciel par Suzie LeBlanc le 14 octobre à la Chapelle historique du Bon-Pasteur; Sept Haïkaï et Trois petites liturgies de la présence divine à la salle Pierre-Mercure par l'orchestre du Conservatoire le 27 octobre; Couleurs de la Cité Céleste, La Ville d'en Haut, Un Vitrail et des Oiseaux par l'Orchestre 21, Paolo Bellomia et Jimmy Brière à l'Auditorium du Gesù le 8 novembre; Hymne, pour grand orchestre (18 et 19 octobre) et Les Offrandes oubliées (28 et 29 novembre) par l'Orchestre de McGill à la salle Pollack; Le Quatuor pour la fin du Temps, avec Simon Aldrich, Louise Bessette, Jonathan Crow et Yegor Dyachkov (violoncelle) les 27 et 28 novembre et Oiseaux exotiques par Louise Bessette et l'ECM, à la Chapelle historique du Bon-Pasteur, le 13 décembre.

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Tout ce que vous voulez savoir sur Messiaen à Montréal est colligé sur le site www.automnemessiaen.com