Zébulon, l'oeil dans le rétroviseur

Dix ans plus tard, l’état d’esprit de Zébulon n’a pas changé et la chimie musicale des membres s’est refaite instantanément.
Photo: Jacques Grenier Dix ans plus tard, l’état d’esprit de Zébulon n’a pas changé et la chimie musicale des membres s’est refaite instantanément.

L'équation est assez simple: les gars de Zébulon ont toujours eu du plaisir à jouer ensemble. Ça date d'un carré de sable de Mascouche, été 1968. Et leur retour s'explique par l'envie partagée de revenir aux sources de ce plaisir brut et défoulant de faire du rock and roll en groupe. That's it, that's all, parole de Marc Déry.

Il ne faut donc pas chercher bien loin les raisons de la renaissance de ce groupe qui a connu un vif succès sur les scènes du Québec entre 1993 et 1997. Découverte de l'année de l'ADISQ en 1994, groupe de l'année trois ans plus tard, Zébulon a marqué une génération d'amateurs avec des chansons rock bien senties, drôles et mordantes, pleines de vitamines, avec des harmonies vocales particulières et cette bonne humeur communicative qui leur a permis de vendre près de 40 000 disques.

Dix ans plus tard, l'état d'esprit de Zébulon n'a pas changé et la chimie musicale des membres s'est refaite instantanément, note le chanteur Marc Déry. Pour reprendre son expression: «Ça se passe encore.»

Ce qui fait que ça s'est d'abord passé cet été sur une scène des FrancoFolies. Et que ça se passe sinon depuis mardi avec l'album Retour sur mars, un disque qui montre bien les contours du retour du groupe. Un coup d'oeil en arrière, un autre en avant.

Sur 15 morceaux, 11 sont ainsi des reprises de leurs plus grands succès: Job steady, Ça fait mal en d'dans, Les femmes préfèrent les ginos, R'viens pas trop tard... Un nouveau remixage a permis de mettre le son aux normes de qualité 2008, fréquences plus larges. Sinon, quatre inédites complètent le disque, chaque membre du quatuor prenant le micro tour à tour.

C'est là une façon de contenter tout le monde: les vieux fans retrouvent leurs vieilles chansons, les nouveaux peuvent s'initier au meilleur du groupe et les Zébulon en question se partagent la lumière sur de nouvelles compositions... qui auraient toutefois pu être enregistrées il y a dix ans.

Car on a eu la vague impression, à l'écoute de ce disque, que rien n'a changé depuis 1998 dans l'univers musical de Zébulon. Mêmes chansons, sinon même son. Comme si le groupe avait fait le pari de la nostalgie avant celui de la nouveauté. Que l'oeil des zig était fixé dans le rétroviseur.

Marc Déry ne s'en défend pas vraiment: Zébulon est de retour pour le plaisir, c'est tout. Sans attente, et sans projet précis. Et si le nouveau disque ressemble à un best of, c'est que l'ancien matériel de Zébulon n'est plus disponible depuis longtemps chez les disquaires, note le bassiste et chanteur. «Nous voulions avoir quelque chose à présenter pour la tournée, pour que ceux qui ne nous ont pas connus dans le temps puissent le faire aujourd'hui. Mais nous n'étions pas prêts à faire un disque avec du nouveau matériel.»

Déry indique qu'il ne faut pas trop se «prendre la tête» avec ce retour. «C'est un buzz, un trip, du rock and roll. Les détails, on s'en fout. On voulait jouer ensemble, on joue ensemble et les gens sont contents.»

«On a repris où on avait laissé il y a dix ans, dit-il. J'imagine que certaines choses ont changé, mais je ne sais pas quoi. Quand on a rebranché nos instruments, j'ai tout de suite senti le même rapport, comme si c'était hier. Comme si on ne s'était jamais laissés.»

À l'époque, Zébulon avait tiré le cordon sans chicane, rappelle Marc Déry. «Il n'y avait pas de problème précis. Mais en cinq ans, on n'avait jamais arrêté de faire des shows. Et on sentait que la vague des groupes des années 90 s'essoufflait un peu. Il y a aussi que, dans un groupe, tu ne peux pas te renouveler tant que ça. Chacun a son rôle, sa personnalité, et ça donne ce que ça donne. Mais on avait tous le goût d'explorer autre chose.»

Marc Déry a donc exploré des territoires effectivement très différents sur trois albums solo bien accueillis par la critique. Les autres membres (Yves Déry, Alain Quirion et Yves Marchand) ont aussi poursuivi leur chemin musical, les uns jouant parfois avec les autres, et vice-versa. Jusqu'à ce que les quatre se retrouvent ensemble dans le même studio, l'hiver dernier.

Et maintenant? Zébulon remonte sur scène, réapparaît chez les disquaires et... Et puis c'est ça, dit Marc Déry: si un album studio doit venir plus tard, il viendra. Sinon, il ne viendra pas. Pas question de se prendre la tête, répète Déry. Ça entraverait le plaisir.