Baltimore Round Robin à Pop Montréal - Tourner en rond

Dan Deacon
Photo: Dan Deacon

Style littéraire ou tournois d'échecs, le «round robin» se définit aussi désormais dans l'univers musical. Le Baltimore Round Robin, un spectacle comprenant plus d'une soixantaine d'artistes, tente en effet d'adapter ce concept samedi et dimanche dans le cadre du festival Pop Montréal.

Cet anglicisme issu du mot français «ruban» était à l'origine une technique de pétition contre le roi de France dans laquelle tous les adhérents affichaient noms et signatures de façon circulaire, afin d'éviter des représailles contre les premiers signataires. Le même principe est appliqué aujourd'hui à ce spectacle nouveau genre. Lors de ces deux événements uniques, une quinzaine de groupes seront disposés en cercle, l'un à côté de l'autre, et le public sera invité à prendre place au centre. Tout au long de la soirée, chaque groupe jouera ainsi une chanson, l'un à la suite de l'autre.

«L'expérience change vraiment la dynamique du spectacle plus traditionnel», explique le musicien Dan Deacon, également principal instigateur de ce concept de spectacles. «Il n'y a pas de groupes en ouverture, en fermeture ou de têtes d'affiche. Personne n'a de meilleur positionnement: tout le monde doit réchauffer la foule et tout le monde doit terminer le spectacle. Et même s'il y a un groupe qu'un membre du public aime moins, il ne le voit que pendant une courte période. Ça se rapproche en fait d'une oeuvre performative.»

Le concept a été lancé pour la première fois en 2005 à la soirée de clôture d'une salle communautaire pour artistes de Baltimore. La seule autre tournée Round Robin dans quatre villes de la région de New York et de Boston, en 2006, a vu les artistes participants dormir chez des amis et même sur le plancher de certaines salles où ils venaient de jouer. Le défi logistique derrière une tournée du genre est immense.

«Nous étions tous de Baltimore et nous nous connaissions un peu, mais nous n'étions pas tous des amis proches. Une fois lancés cependant, tous les problèmes ont été oubliés: nous avions tous le sentiment de faire une tournée en communauté, comme un squat géant [rire].»

Dans les huit villes prévues de la tournée actuelle, 29 projets artistiques sont à l'horaire en deux soirs divisés selon qu'ils s'adressent aux «yeux» (musique cérébrale) ou aux «pieds» (danse). Le collectif voyage aujourd'hui dans un autobus roulant à l'huile végétale usée. Deacon promet d'ailleurs une entrée gratuite à toute personne qui veut en offrir quelques litres (contactez-le à l'avance sur le site Internet de la tournée).

Musique, danse, vidéo

En plus des musiciens, plusieurs artistes de scène et vidéastes collaborent au projet. «Nous insérons aléatoirement différents numéros de danse, d'humour et des vidéos d'art. À chaque nouvelle chanson, il est donc difficile de prédire ce qui arrivera par la suite. Notre génération est habituée à un rythme rapide et toujours en mouvement. Par exemple, les films sont montés de manière très rapide, Internet ou les magazines sont aussi souvent conçus de cette manière. Je ne sais pas si ce que l'on fait ici est le reflet de cet aspect de la culture moderne ou si c'est seulement une coïncidence, mais je crois que le public est plus apte à suivre ce genre de concepts aujourd'hui. C'est comme une pièce de théâtre pour musiciens et chacun des groupes a ses grosses "scènes".»

Le Baltimore Round Robin se déroulera samedi au Eastern Bloc (7240, rue Clark) en présence des groupes Lizz King, Teeth Mountain, Lesser Gonzales, Creepers, Lexie Mountain, Santa Dads, Jana Hunter et Beach House. Dimanche, ce sera au tour de Bloody Baby, Smartgrowth, DJ Dock Dick, Nuclear Power Plants, Future Islands, Videohippos, Adventure, Deathset et Dan Deacon.

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Collaborateur du Devoir