Entretien avec Jean-Jacques Perrey - Le père de l'électro-pop débarque en ville

Jean-Jacques Perrey et son complice Dana Countryman
Photo: Jean-Jacques Perrey et son complice Dana Countryman

Il a joué avec Charles Trenet. Il a donné des cours de musique à Édith Piaf. Il a déjeuné avec Walt Disney et Jean Cocteau. À 80 ans, Jean-Jacques Perrey pourrait prendre une retraite bien méritée. Mais à la place, le pionnier de la musique électronique — oui, c'est lui! — préfère encore monter sur scène pour livrer au public ses assemblages de sonorités électro-cosmo-ludiques. Des sonorités franchement kitsch qui ont tracé les contours, depuis le milieu du siècle dernier, du space age, un courant musical nouvellement remis au goût du jour, comme en témoigne la horde de jeunes fans désormais aux trousses du grand-père.

On l'a toujours dit à l'avant-garde. Aujourd'hui, on en a donc la preuve. Sans surprise, Perrey va remplir vendredi le Cabaret Juste pour Rire où, dans le cadre de Pop Montréal, il débarque en effet avec son complice Dana Countryman pour un concert unique mettant à l'honneur les vieilles mélodies électro des années 60 avec le caractère joyeux et parfois superficiellement rétro qui vient avec.

«À mon âge, je vois ça comme un couronnement. J'ai attendu ça toute ma vie», lance-t-il à l'autre bout du fil. Le Devoir l'a joint la semaine dernière à Lausanne en Suisse où l'artiste français a élu domicile. «C'est extraordinaire de voir tous ces jeunes qui assistent à mes concerts. Je n'aurais jamais pu imaginer ça il y a 40 ans.»

Et pourtant, en quatre décennies, Perrey est devenu un phénomène dans le champ électro de la musique contemporaine, sans doute en raison de sa pérennité, mais également du parcours étonnant qui a conduit cet étudiant en médecine à devenir l'homme derrière une des pièces cultes de l'univers sonore du moment: E.V.A. (pour Extra Vehicular Activity), un des morceaux musicaux les plus échantillonnés par les alchimistes de codes binaires du moment. «C'est comme ça que j'ai rebondi sur le marché du disque», résume l'octogénaire qui est aussi un proche de la formation française Air et du rappeur Fatboy Slim.

L'atypique, Perrey commence à le cultiver très tôt, en 1953, quand il entend à la radio pour la première fois le son de l'Ondioline, le premier synthétiseur français qui imite avec un enrobage cosmique le son du violon, de la clarinette ou du hautbois tout en permettant de générer des sonorités qui semblent venir de l'espace. Rêveur devant l'éternel et fanatique de science-fiction, il est captivé, cherche à rencontrer l'inventeur, Georges Jenny, plaque ses études en médecine et devient finalement le musicien démonstrateur de ce nouvel instrument.

La suite, elle, est aussi fascinante et surréaliste que les rythmes très jeux vidéo qui composent son dernier album Destination Space. Contacté par Charles Trenet pour mettre de la modernité dans son Âme du poète, Perrey va par la suite faire la connaissance d'Édith Piaf «qui voulait que je lui donne des cours d'Ondioline, se souvient-il. C'est elle qui m'a fait rencontrer Jean Cocteau et par la suite Carroll Bratman», riche et influent loueur d'instruments de musique pour la radio et la télévision aux États-Unis qui prend le jeune Français sous son aile. Afin de le faire connaître, lui et son synthétiseur, au pays de l'Oncle Sam.

C'est d'ailleurs à New York qu'il va rencontrer Walt Disney «dans les coulisses du Johnny Carson Show», dit-il — il fera quelques musiques pour ses films. C'est aussi depuis la Grosse Pomme qu'il part pour sa première visite à Montréal, en 1967. «Je suis passé à Télé-Métropole mais aussi à la Canadian Broadcast Corporation, lance Perrey. Ah oui, j'ai joué aussi au Beaver Club. J'en garde un souvenir extraordinaire. Montréal, c'est la ville où je passerais bien ma vie.»

Sa vie? Pas de doute, Perrey, le futurophile qui avoue avoir le «cerveau qui bouillonne en permanence» a finalement toujours 20 ans. Mais il va devoir se contenter, pour commencer, d'un petit week-end dans la métropole. Pour commencer. Normal. Il est en concert à Lausanne dans quelques jours et arrivera vendredi de New York où, ce soir, il se produit sur la scène du célèbre club de la Bleecker Street, Poisson Rouge. En attendant bien sûr le jour de sa retraite.
1 commentaire
  • Marie - Abonnée 3 octobre 2008 12 h 13

    La c réation et les années soixante.

    C'est fascinant de suivre le parcours de cet artiste toujours bouillonnant de création. C'est heureux et révélateur que les jeunes se montrent enthousiastes à sa musique. Je viens d'entendre M. Perry à l'émission de Christiane Charrette. Il se montre reconnaissant envers un autre grand artiste trop souvent malmené, je parle de Jean Cocteau. Perry dit que c'est grâce à l'esprit visionnaire du poète qu'il s'est retrouvé aux États-Unies sous la tutelle de Carroll Bratman au lieu de s'évertuer à faire carrière en France. Il ajoute que l'acte créateur n'est plus aujourd'hui ce qu'il était dans les années soixante. C'est un bon sujet de réflexion. Il était fréquent dans ces années de retrouver des artistes de dfférentes disciplines sur un même projet. Par exemple pour une pièce de Cocteau on pouvait retrouver Picasso au décor, Satie à la musique, Chanel aux costumes, Jeanne Moreau etc. Et pourtant, aujourd'hui avec la rapidité de la communication, l'individualisme est une barrière à la compréhension de la culture et de la création. Si Perry avait été un individualiste il ne serait pas aujourd'hui à transmettre sa passion aux plus jeunes. Qui sait ? Peut-être que la visite de cet artiste fera titiller certains "homo festivus" sur leur vision de la culture. Malgré les temps difficiles qui s'annoncent, il faut le croire.
    Marie Longpré