«La voix est une femme très jalouse»

À un journaliste qui lui demandait comment il faisait pour parvenir à de tels résultats à son âge, Placido Domingo a répondu qu’il s’en étonnait lui-même.
Photo: Yan Doublet À un journaliste qui lui demandait comment il faisait pour parvenir à de tels résultats à son âge, Placido Domingo a répondu qu’il s’en étonnait lui-même.

Québec — Operalia, le concours de chant le plus réputé au monde, a débuté hier à Québec sous la supervision d'un Placido Domingo enthousiaste et plus admiratif que jamais envers la relève.

Prié de mesurer la place que joue ce concours dans sa vie, le ténor de 67 ans a répondu que c'était «une des choses les plus importantes pour [lui] aujourd'hui». «Naturellement, continuer à chanter, faire de la musique et essayer de faire le mieux que je le peux avec le teatro (sic), mais surtout voir la jeunesse, que ça continue dans ce monde incroyable de l'opéra», a-t-il expliqué en français.

Et d'ajouter que les temps ont bien changé depuis l'époque où son talent à lui a été révélé à la face du monde. «Moi, j'enregistrais trois ou quatre opéras sur disque pendant l'été et c'était tout. Aujourd'hui, vous faites un disque mais vous devez faire tellement de promotion, a-t-il noté. Au lieu d'être tranquilles pendant deux jours, ils doivent faire 50 interviews! [...] Mais il faut faire attention parce que la voix est une femme très jalouse...»

Le concours qu'il a cofondé en 1993 avec le Théâtre du Châtelet de Paris accueille une quarantaine de jeunes solistes en provenance de tous les continents. Arrivés à Québec jeudi, les concurrents attaquaient hier les quarts de finale au Palais Montcalm et se déplaceront demain au Grand Théâtre pour la demi-finale.

L'une des qualités d'Operalia, a expliqué M. Domingo, est que le jury est composé de futurs employeurs, ses 12 membres étant associés à de prestigieuses maisons, comme le Covent Garden de Londres (Peter Katona), le Théâtre du Châtelet (Jean-Luc Choplin) ou encore le Met (Eva Wagner-Pasquier).

«Quand vous regardez les affiches des théâtres dans le monde, peut-être 70 ou 80 % sont des vainqueurs ou des participants d'Operalia», a soutenu le ténor espagnol.

Ouvert au public, le concours culminera dans la finale de mercredi, qui sera retransmise sur les ondes de Radio-Canada, France Musique et Mezzo.tv. Les 10 finalistes seront alors accompagnés par l'Orchestre symphonique de Québec, sous la direction de M. Domingo lui-même.

Car le ténor ne chantera pas à Québec. «Je n'aime pas mélanger», a-t-il dit. «Si je dirige, je dirige. Si je chante, je chante.» Or il semble que sa voix n'ait rien perdu de sa superbe. Il a d'ailleurs chanté lundi dernier à Las Vegas et on l'entendra bientôt à Chihuahua, au Mexique.

À un journaliste qui lui demandait comment il faisait pour parvenir à de tels résultats à son âge,

M. Domingo a répondu qu'il s'en étonnait lui-même. «Chaque jour, c'est ma grande surprise. Je me réveille et je me dis: "Ah, je peux chanter encore!" [...] Certainement, un jour, je ne chanterai plus. Ce jour-là, je rendrai grâce à Dieu d'avoir pu chanter aussi longtemps.»

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Avec la collaboration de Christophe Huss