Musique - Angela Desveaux, versant rock

C'était début juillet, en plein Festival de jazz. On attendait Joseph Arthur au Club Soda, une froide en main pour passer le temps de la première partie. Mais une heure et une dizaine de chansons d'Angela Desveaux plus tard, la bière restait pratiquement intacte: pas facile de tirer une gorgée la bouche bée.

C'est à peu de chose près l'impression que Desveaux nous fit ce soir-là, en ouverture de l'artiste multidisciplinaire américain. Cette voix unique — qui vibre aux mêmes ondes émotives que Lucinda Williams — n'avait pas poussé trois notes sur fond de grosses guitares acoustiques que l'on se demandait pourquoi, au contraire de nombreux fans, on n'avait pas vu passer son premier album paru en 2006, non plus qu'un de ses nombreux spectacles montréalais ou étrangers (elle tourne aux États-Unis et en Europe, ou avec Bruce Cockburn).

Alors, amende honorable: on se reprend avec ce deuxième disque lancé cette semaine, qui permet de rattraper pleinement le temps perdu et de refaire à rebours le parcours musical d'Angela Desveaux, 31 ans, née à Montréal d'une famille acadienne, élevée en Nouvelle-Écosse, puis revenue dans la métropole depuis une vingtaine d'années. Cheveux blonds, yeux bleus, sourire lumineux. Et surtout: fan finie d'une musique country-folk-roots que sa voix douce, puissante et mélancolique sert à merveille.

Une forme de signature

D'où la surprise de découvrir ce Mighty Ship (à la fois le titre de l'album, le nom de son groupe et une solide ballade inspirée d'un vieux folkore américain), qui est probablement le projet le moins country qu'Angela Desveaux a pu faire jusqu'ici (on mentionne d'ailleurs qu'elle fait aussi partie des Yonder Hill, un groupe de bluegrass).

Ainsi, si Wandering Eyes indiquait une filiation directe avec Lucinda Williams et que ses spectacles acoustiques nous ramenaient au terreau de Gillian Welch, le petit dernier s'affiche quelque part au rayon rock-pop, avec une assise rythmique soutenue autour de laquelle les arrangements se font plus riches. S'en dégage au final un album moins sombre, plus énergique (quelques cuivres y contribuent), porté par une écriture qu'on l'on sent plus mature. La production menée par Dave Draves met aussi bien en évidence la chaleur de la voix de Desveaux, qui propose ici le projet d'une artiste en douce évolution.

«Le son plus rock de l'album, je le dois beaucoup à mon groupe, indique Desveaux dans un français teinté d'Acadie. Mes musiciens ont une expérience moins country que moi. Sur Wandering Eyes, j'avais beaucoup travaillé de mon côté, en développant mes propres idées à partir d'un son assez traditionnel. Tandis qu'on a fait cet album collectivement. Ça fait un bout de temps qu'on tourne ensemble, on a fait beaucoup de spectacles, et je me sens bien avec ces gars. C'était donc naturel de travailler ensemble et qu'ils contribuent davantage au son général de l'album. C'est plus diversifié comme approche, et ça convient davantage à ce que je suis maintenant», expliquait-elle mercredi, au lendemain d'un lancement qui s'est terminé tard au Lion d'Or.

Il n'en demeure pas moins que la manière Desveaux reste mâtinée de toutes ces bonnes choses propres à la folk-country. L'auteure-compositrice-interprète précise d'ailleurs que le country est trop profondément ancré en elle pour qu'elle puisse en sortir complètement. «Je me vois bien faire un album gospel, un autre très roots, j'ai envie d'essayer plusieurs choses, dit-elle. Mais ma culture musicale, c'est vraiment le country. J'en écoute depuis que je suis toute petite. Mes parents adoraient cette musique», dit-elle en rappelant qu'à Chéticamp — région du Cap-Breton d'où vient sa famille —, pratiquement tout le monde sait jouer d'un instrument de musique. C'est, pour ainsi dire, génétique.

Et elle aussi adorait ces rythmes de l'Amérique (George Jones en tête) qui berçait les soirées familiales. «Même quand j'écoutais du rock, c'était pour retrouver des influences roots, country ou folk, ajoute Desveaux. Ça a toujours dirigé mes goûts en musique. Et j'ai appris à chanter de cette manière aussi: je pense d'ailleurs que ma voix reste folk peu importe ce que je fais.» C'est, pour ainsi dire encore, une forme de signature Desveaux.

Sous contrat avec l'étiquette de Chicago Thrill Jockey, Angela Desveaux reprendra sous peu la route avec ce nouvel album. Un premier arrêt est prévu à Montréal, le 14 octobre, au Divan Orange.

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Angela Desveaux & The Mighty Ship

Sonic Unyon - Thrill Jockey

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