Concerts classiques - Musique pour cinquante

Mercredi soir, on n'a pas entendu du Steve Reich, mais on a eu un concert Music for 50 People in the Hall. «Même après 20 ans, chaque jour est une bataille», a dit Lorraine Vaillancourt dans les discours préliminaires qui ont amené le concert à ne débuter que vers 20h25. En voyant la maigre assistance (si je la qualifiais d'«essentiellement composée d'amis des interprètes ou des compositeurs», je soulèverais encore une fois une révolte dans le milieu concerné... ), on se dit que la bataille ne fait que commencer.

On est là au coeur du problème, car cette désaffection envers cette facette de la création musicale touchait ici non pas un ensemble lambda, mais la formation de pointe, notre Rolls de la contemporaine. La clarté, la précision de la mise en place, la justesse des effets sonores et des rapports dynamiques: on ne peut pas espérer mieux que ce que font Lorraine Vaillancourt et sa troupe. Mon voisin, Claude Gingras, était allé au premier concert du NEM, le 3 mai 1989. Son commentaire de l'époque atteste qu'il avait rassemblé 500 personnes. Auditoire divisé par 10 en 20 ans! Si ce n'est pas un constat d'échec, c'est à tout le moins le signe d'une problématique.

Ironie involontaire, le concert débutait, en hommage à Ligeti, par un battement de métronome, cette chose jadis indispensable, devenue has been depuis que tout le monde se fait donner la pulsation par des gadgets électroniques. L'oeuvre Singulari-T de John Rea, sous-titrée Tombeau de Ligeti, donne d'emblée la couleur du concert, qui rassemble des compositeurs parvenant à faire traduire par un petit ensemble une palette de sonorités et de dynamiques dignes d'un grand orchestre. Parmi eux, le plus «fou» est Heiner Goebbels et son théâtre débridé, qui va chercher des sons d'on ne sait où (allant jusqu'à un infinitésimal frémissement à la flûte), et le plus brillant, George Benjamin, dans une oeuvre puissante, inventive, très contrastée et souvent fulgurante. J'ai moins adhéré à l'oeuvre de Brian Cherney en raison de l'utilisation finalement assez banale de l'ensemble de huit violoncelles.

Lorraine Vaillancourt ne perdra jamais la foi; elle continuera à prêcher. Ce sont les fidèles qui manquent... En des termes mercantiles honnis, la même cruelle constatation se formulerait de la manière suivante: et si c'était le «produit» dont plus personne ne veut?

***

NEM

Concert de lancement des 20 ans du NEM. John Rea: Singulari-T. Heiner Goebbels: La Jalousie, bruits extraits d'un roman. Brian Cherney: Le Miroir des anges. George Benjamin: At first light. Direction: Lorraine Vaillancourt. Salle Claude-Champagne,

mercredi 10 septembre.

À voir en vidéo