Michel Faubert à La Grande Rencontre - La célébration de la parole !

Pour Faubert, une complainte est une chanson à texte qui lui permet de livrer une vision. Photo: Sylvain Dumais
Photo: Pour Faubert, une complainte est une chanson à texte qui lui permet de livrer une vision. Photo: Sylvain Dumais

Pour son imposante contribution à la recherche, à la création et à la diffusion du patrimoine vivant, Michel Faubert reçoit cette année le prix Aldor de La Grande Rencontre. Il s'y produira demain avec Les Charbonniers de l'Enfer et dimanche pour offrir son concert de La Fin du monde. C'est un diable d'homme. Un loup-garou de la chanson, de la musique et du conte qui baigne en plein folklore, mais dans sa dimension la plus cruellement humaine.

Sur fond d'histoires sinistres, fantastiques, religieuses ou surréalistes, il crée ou recrée des chansons de misère dans une atmosphère d'épouvante comme s'il vivait lui-même dans le conte le plus terrible. Mais sa voix nasillarde, si pure, devient l'instrument le plus obsédant de l'orchestre. À cause de cela, une forte brillance surgit de l'atmosphère maléfique qui se cache au fond de ses oeuvres.

Constamment alimenté par ses contradictions, Faubert, en grand amoureux du folklore, en a révélé ses interdits, transgressé les codes en chantant a capella, habillé ses trésors de musique actuelle, de rock, de grands espaces sonores ou, maintenant, de musique électro. Mais, de tout cela, que voudrait-il que les gens retiennent de lui? «À cause de l'élément musical contemporain de mon travail, on a souvent parlé de moi comme de quelqu'un qui projetait le folklore vers d'autres avenues. Mais au fond, je voudrais qu'on se souvienne davantage de celui qui a mis l'accent sur les mots. Pour moi, faire une bonne soirée de chansons ou de conte implique toujours une certaine forme de célébration de la parole. Il y a quelque chose de sacré là-dedans.»

Pour Faubert, une complainte est une chanson à texte qui lui permet de livrer une vision, au même titre qu'une forte composition de Vigneault ou de Desjardins. «Par la chanson traditionnelle, je parle de la vie, de la mort, du mal et de cette culture de vengeance qui ne cesse de réapparaître à l'échelle planétaire. J'ai toujours voulu changer le monde, même si je sais qu'on le change si peu. Et lorsque j'interprète une complainte, je pense toujours à l'actualité. Dans plusieurs pièces, il se dégage des images tellement fortes sur des gens qui sont opprimés.»

Après trois décennies de recherche et de création, quel regard pose-t-il sur un milieu qu'il porte et qui l'a porté? «Je pense que la prochaine révolution de la musique traditionnelle sera textuelle. S'il reste encore plusieurs complaintes à révéler, il devient plus difficile de trouver de nouvelles chansons à répondre et je crois que cela incitera les musiciens à en écrire de nouvelles. On se demandera alors ce qu'on veut exprimer. Il y a aussi une force dans la chanson à répondre. Quand la gang répond en arrière, c'est souvent du rentre-dedans. Imagine l'effet si tu chantes l'espoir ou la colère avec cette forme de chanson. J'aurai peut-être envie d'en écrire moi-même quelques-unes qui me permettront de livrer ma vision du monde comme je le fais avec les complaintes.»

Mais le passeur de maudite mémoire ne s'arrêtera pas là. Il nourrit également l'intention de créer un collectif de réflexion avec d'autres artistes qui, comme lui, font une recherche de textes ou écrivent à partir de la tradition.

Sur le plan musical, il constate également un autre tournant. «Après vingt ans d'habillage folk de la musique trad, plusieurs artistes sentent maintenant le besoin de regarder vers de nouvelles directions. Prend l'a capella des Charbonniers et de Galant tu perds ton temps, l'électro-acoustique de Gabrielle Bouthillier et Simon Elmaleh, la rencontre avec le oud de Daniel Roy et Jean-Philippe Reny. Tout cela est de très bon augure.»

Mais lui, où ira-il après La Fin du monde? «Vers un autre disque de chansons avec Jérôme Minière, à paraître en janvier prochain. Vers une année sabbatique des Charbonniers en 2009, après la sortie d'un autre disque en collaboration avec La Nef. Et puis, la piste autochtone m'interpelle de plus en plus. Yves Sioui Durand est l'un des artistes qui m'ont le plus marqué. J'aimerais bien que tu l'écrives.»

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Collaborateur du Devoir

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- Dans le cadre de La Grande Rencontre, Michel Faubert se produit avec Les Charbonniers de l'Enfer au Théâtre de verdure demain soir à 22h, puis offre son spectacle La Fin du monde dimanche soir au même endroit à 22h.