Shock organique aux FrancoFolies

Dans le microcosme musical qu’il a créé, Stefie Shock peut maintenant arrêter une chanson entre deux refrains, changer de rythme, étirer le propos. La liberté.
Photo: Jacques Grenier Dans le microcosme musical qu’il a créé, Stefie Shock peut maintenant arrêter une chanson entre deux refrains, changer de rythme, étirer le propos. La liberté.

Remisés, les cuivres, les séquences et ce mur du son qui ébranlait les genoux: c'est à moitié nu que Stefie Shock mène sa nouvelle tournée Microcosme. Nu dans le sens de dépouillé. Intime. Et organique.

L'artiste a une relation un peu particulière avec le risque: la majorité pensera qu'il en prend un en relevant le défi d'une tournée où l'acoustique triomphe largement de l'électrique. Mais lui estime précisément le contraire.

«Après un an de tournée à grand déploiement [celle qui a suivi la sortie du disque Les Vendredis, entre le printemps et l'hiver 2007], j'ai senti qu'il y avait moins de fraîcheur, un peu trop de confort, disait-il cette semaine dans un entretien téléphonique. Et moi, je crois qu'un groupe qui joue de manière machinale, ça s'entend. Alors, je ne prends pas de risque et je change tout avant de manquer de spontanéité. Les éléments nouveaux gardent tout le monde sur le qui-vive.»

Ainsi donc, c'est un spectacle tout frais que Shock présentera à compter de ce soir et jusqu'à lundi dans le chaleureux cabaret-chapiteau du parc des Festivals. Quatre soirs pour prouver au public montréalais que ses puissantes chansons aux jolies lignes cuivrées se déclinent aussi efficacement avec seulement quatre musiciens (guitare, piano-orgue, basse et batterie) et sans l'apport de quelconques machines.

«C'est un sérieux défi pour moi, dit-il. J'ai joué les sept dernières années avec un orchestre complet, ou sinon avec des séquences qui remplaçaient les cuivres virtuellement. Et une séquence, c'est comme un frein à la créativité: ça ne dépasse jamais, c'est rigide, avec toujours la même structure. J'avais besoin d'une ouverture que la machine ne peut pas donner.»

Dans le microcosme musical qu'il a créé, Stefie Shock peut maintenant arrêter une chanson entre deux refrains, changer de rythme, étirer le propos. La liberté. «C'est fluide», résume-t-il au coeur d'une conversation où il apparaît d'excellente humeur, volubile et attentif.

Il a toutefois fallu travailler ardemment pour atteindre le résultat souhaité, reconnaît l'auteur-compositeur-interprète. Le dépouillement a forcé Shock à transposer autrement les lignes mélodiques et harmoniques que machines et cuivres assurent généralement. Le musicien a aussi dû s'esquinter les doigts sur une guitare acoustique, instrument dont il ne jouait pas auparavant.

«Et ça n'a rien à voir avec jouer de la guitare électrique, dit-il. Il faut savoir trouver la rythmique propre à une guitare acoustique. Sinon, ça ne marche pas. Ce sont vraiment deux instruments différents.» Pour trouver le son qu'il recherchait à la sèche, Shock s'est fait faire une guitare à sa main de gaucher chez le luthier Boucher: ce sera là sa six cordes pour Microcosme, en plus de sa vieille Les Paul qu'il utilisera aussi.

Et puis quoi? Le contact avec le public. Complètement différent quand on joue à l'intime. Pas facile pour un homme qui n'a jamais parlé beaucoup en spectacle — et qui en a étonné plusieurs en prenant la parole pour mieux faire connaître les troubles anxieux.

«Je ne suis pas un orateur, dit-il. Je ne suis pas à l'aise avec ça. Mais c'est plus facile devant 300 personnes que devant 5000. Je préfère chuchoter dans l'oreille que déclamer. Et dans ce spectacle, je n'ai pas le choix. Le public s'attend à quelque chose de chaleureux, à un échange.»

Faire cette tournée dans ce contexte n'aurait pas été possible il y a cinq ans, avoue Stefie Shock. Le niveau de confiance n'était pas le même. «Même aujourd'hui, il y a beaucoup d'insécurité, mais la réaction du public a été très bonne depuis janvier.»

Et tout ça lui plaît beaucoup: pas d'écouteurs dans les oreilles («je veux entendre mon ampli qui gronde, le public qui me parle»), pas de gros décor à transporter, l'accès possible à de petites salles, tout est plus facile en formation réduite.

Par ailleurs, le chanteur est revenu sur la petite polémique concernant l'annulation d'un de ses spectacles prévu à Lac-Beauport (Québec) à la fin d'août. Les dirigeants d'un petit festival ont engagé Stefie Shock sans lui dire qu'il ferait la première partie de Jean Leloup, qui fera son retour sur scène à ce moment.

Or, après trois albums et des centaines de spectacles dans le corps, Stefie Shock estime qu'il n'est plus un artiste de première partie. «J'ai fait plein de shows avec Leloup, en première partie. Nous avons jammé ensemble, c'est un ami. Mais je suis rendu ailleurs aujourd'hui. Alors, quand on m'a invité, je pensais que c'était pour être en tête d'affiche. Il y a eu un manque de communication, c'est tout, je ne blâme personne. Mais je n'étais pas à l'aise avec l'idée de jouer avant Leloup.»