The Ventures et Dick Rivers - Hommes sans âge

Dick Rivers a carburé à même les musiciens, mardi soir au parc de la Francophonie. Photo: Steve Deschênes
Photo: Dick Rivers a carburé à même les musiciens, mardi soir au parc de la Francophonie. Photo: Steve Deschênes

Un plein parc de la Francophonie était là pour Dick Rivers, mais aussi pour eux, à leur deuxième spectacle au Festival d'été de Québec, après le tabac de la veille sur les Plaines. The Ventures. Le plus important groupe de rock instrumental de l'histoire: 250 albums, disséminés à 100 millions d'exemplaires. Tranquillement pas vite, ils se sont installés. Quatre Ventures en chemise hawaïenne, costume de scène depuis Hawaii Five-O, leur dernier grand succès de palmarès, indicatif musical de la fameuse série policière. Le guitariste rythmique Don Wilson, très gaillard à 75 ans, souriant dans sa barbe. Le guitariste soliste Nokie Edwards, 73 ans, plus frêle. Bob Spalding, bassiste et soliste occasionnel, fan des Ventures devenu l'un des Ventures il y a un quart de siècle à peine (le groupe célébrera son demi-siècle de twang l'an prochain). Et puis le gamin, Leon Taylor, fils de Mel, légendaire batteur du groupe, disparu en 1996. Batteur comme papa. Et bientôt grand-papa lui-même, a-t-on appris: gamin, c'est relatif.

Ç'a démarré comme ça démarra en 1959, avec Walk, Don't Run. L'archétype du rock de guitares instrumental. Point de départ de mille millions de guitaristes. Version compétente de l'immortelle, accolée à un autre succès, ronflante Perfida. Il a fallu quatre ou cinq titres pour que les gars retrouvent leur aplomb. Ou plutôt, il a fallu quatre ou cinq titres pour que la musique, éternellement jeune, produise chez nos vétérans l'effet souhaité: une charge électrique. À Driving Guitars, morceau dynamique de l'album Twist With The Ventures, ça y était presque. À Penetration, la bien-nommée, ça pénétrait. Les doigts d'Edwards répondaient, redevenus lestes, le band assurait, de plus en plus solide. Le surf surfait, le rock rock'n'rollait, les Ventures s'aventuraient. Ghost Riders in the Sky était large comme l'horizon, Diamond Head étincelait, Out of Limits décollait de la planète. Pas gêné, Edwards s'est offert une séance de finger-picking à la Chet Atkins dans I Got a Woman. Et puis à la fin, Wipe Out, comme il se doit, a jeté tout le monde par terre.

Rivers comme un torrent

La musique avait régénéré The Ventures. Dick Rivers, lui, a carburé à même les musiciens. Autour du guitariste Christian Turcotte, les accompagnateurs québécois du rockeur-crooner niçois étaient déchaînés mardi, servant les succès d'hier et d'avant-hier comme si leur vie en dépendait: dès Jéricho, en entrée, c'était massif, immense, à la limite du dangereux. La foule, bien disposée au départ, semblait apeurée, avant d'adhérer et de faire la fête: ouste Van Halen, dans le baba Linkin' Park, vlan dans le Primus, Dick et les siens ne donnaient pas dans le rétro pépère mais dans les relectures r'n'b survitaminées aux cuivres (Roule pas sur le Rivers, adaptation à la Ike & Tina Turner de Proud Mary), le rock'n'roll pur jus (un medley Little Richard-Elvis démentiel), le blues à saxo sexy (Oh Lady, de l'époque Chats sauvages), voire dans le country hors la loi (Mauvaise fille, T'avoir perdue).

C'était encore plus fort qu'à l'automne dernier au Capitole de Québec: rarement ai-je vu des «hired guns» se dépenser autant depuis Yul Brynner et ses copains dans Les Sept Mercenaires. Question d'affection et de respect, comprend-on: Dick aime qu'ils y aillent à fond, il en jouit, et eux, vivifiés, en rajoutent encore. Même le cha-cha C'est pas sérieux virait hardcore: pas une chanson n'était laissée tranquille. Jusqu'au bivouac acoustique de mi-concert (sorte de pot-pourri des ballades popularisées par Rivers dans les années 60), qui avait du nerf et du chien. C'est à se demander ce que ce sera quand l'homme reviendra, en novembre, à Coup de coeur francophone, en soutien d'un nouvel album écrit et composé par l'excellent Joseph D'Anvers, plébiscité par la critique française depuis sa sortie en juin. Le meilleur album à vie de Dick Rivers, paraît-il. À 62 ans. Titre: L'Homme sans âge.

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Collaborateur du Devoir