David Murray, le saxophoniste ardent

David Murray sera ce soir au Gesù, à la tête d’un des meilleurs quartets des vingt dernières années.
Photo: David Murray sera ce soir au Gesù, à la tête d’un des meilleurs quartets des vingt dernières années.

David Murray est un saxophoniste ardent, un clarinettiste franc et un rien agressif. Il est également un compositeur généreux, le contraire d'un minimaliste. David Murray est aussi un découvreur de talents, surtout de pianistes. Quoi d'autre? Ce soir au Gesù, il sera à la tête d'un des meilleurs quartets des vingt dernières années. À moins de changements de dernière minute, Ray Drummond devrait être à la contrebasse, Andrew Cyrille à la batterie et Lafayette Gilchrist au piano.

Depuis une dizaine d'années, Murray a fait ce qu'Archie Shepp, Mal Waldron et d'autres musiciens creusant le sillon du risque et de l'africanité ont fait avant lui: poser armes et bagages à Paris. Parce que dans la capitale de la République, «il y a beaucoup moins de tentations qu'à New York. Je pratique et écrit beaucoup plus depuis que je suis ici. Je ne m'ennuie pas du tout de New York. De toute manière, je m'y rends une fois par mois.»

Avant qu'il ne dévoile son affection pour la ville d'Édith Piaf et du Paris-Brest, nous avons été le messager involontaire d'une nouvelle se confondant avec l'aigreur. Bref, ce n'était pas jour de fête. De quoi s'agit-il? Il y a peu, les patrons du label allemand Enja s'étaient enfin décidés à republier un album que Murray avait enregistré il y a près de trente ans de cela. Un splendide album intitulé Lucky Four. Wilber Morris était à la contrebasse, Dave Burrel au piano et Victor Lewis à la batterie.

Toujours est-il qu'on amorce notre dialogue en formulant une question dont Lucky Four était le sujet. Réponse: «De quel disque parlez-vous?» On précise, et rapidement on se rend compte que notre homme n'avait pas du tout été mis au parfum de cette sortie. Pour faire court, très court, Murray n'était pas content. Pas du tout, mais alors vraiment pas. Ceci confirmant que «producteur véreux» est un pléonasme vicieux. À une exception près qui s'appelle Jim West, le fondateur montréalais de Justin Time.

«Jim est le producteur le plus honnête que j'ai rencontré. Il me laisse beaucoup de liberté. Il a une façon d'être qui favorise la prise de risque. Et croyez-moi, aujourd'hui c'est rare. Car ce que les grosses compagnies recherchent avant tout, c'est le chiffre. Vendre des milliers de disques du même artiste. Il n'y a plus tellement de producteurs curieux, de producteurs qui tentent des aventures.»

Puisqu'il est question d'aventure, une mérite d'être soulignée dix fois plutôt qu'une. Elle a été justement produite par Jim West et vient tout juste d'être publiée. Elle met en scène, ou plutôt a été menée par Murray au saxo et à la clarinette en compagnie de l'immense pianiste Mal Waldron avant le décès de ce dernier. Le titre? Silence.

Cette production a ceci de particulier qu'elle met en relief la complicité qu'entretient Murray avec les grands prêtres du clavier, les initiés à la voodoo music. Là, c'est avec Waldron. Hier, c'était avec John Hicks et Randy Weston. Avant-hier, c'était avec Dave Burrell. Et ce soir, ce sera avec Lafayette Gilchrist, que l'on peut entendre d'ailleurs sur l'enregistrement Sacred Ground, paru évidemment sur Justin Time. À moins d'un accident de parcours, le show de ce soir devrait être dense, très dense. Quelque chose de très éloigné des lenteurs suédoises si en vogue depuis trop d'années. C'est dit.

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