Georges Moustaki à L'Outremont - Ne renoncer à rien

Les musiciens s'amènent d'abord sur la scène de L'Outremont: tiens donc, de noir vêtus. Je ne les avais jamais vus qu'en blanc, autour de Moustaki, toujours en blanc lui aussi. Mais? Voilà notre Georges, veste et chemise blanches, pantalon noir. Ça fait drôle. Ça le change. Avantageusement, je trouve. Il fait moins gourou. Pourquoi le noir? Réponse bête et méchante: parce que la mort approche.

De fait, le pâtre de l'Île Saint-Louis a les 74 ans frêles en ce jeudi soir, et des ennuis au fond de la gorge. Proverbiablement limitée, la voix est râpeuse, amoindrie. Sans la nommer, l'ode à la «révolution permanente» de mai 68, en perd ses mots. Tiendra-t-il? C'est l'effet Reggiani: on a un peu peur de la suite.

Et puis Moustaki reprend aplomb, réitère d'une voix forte sa Déclaration: «Je déclare l'état de bonheur permanent...» Et puis ça va mieux. Bonheur déclaré, bonheur il y a, envers et contre tout. Désir intact. Charme intact. Espièglerie intacte. Capacité d'indignation intacte. Moustaki n'a renoncé à rien. Il émeut avec son Grand-père, drague avec sa Boucle d'oreille, s'amuse à gratter frénétiquement sa sèche pendant que le batteur s'ébroue, amuse avec ses Mères juives, réquisitionne une chorale de femmes pour Le Facteur, invite Bïa pour partager Asa Branca, Bahia et la magnifique Odéon.

Il ne cède pas un pouce à ses envies d'accordéon, de piano, de guitare: il pourrait ne pas jouer, mais joue. Et prend plaisir à jouer. Et retrouve de l'énergie en jouant. Ce ne sont pas ses immortelles qui le tiennent le plus en vie — il expédiera un peu Le Métèque —, mais ses nouveautés, plus senties: L'Inconsolable est une merveille. Habile, il demande si on veut qu'il raconte les histoires de ses chansons. Bien sûr qu'on veut, et il les raconte. Saviez-vous que Moustaki est un marrant? À tout le moins un incorrigible qui, dans Il est trop tard, persiste et signe: «Pourtant je vis toujours / Pourtant je fais l'amour / Parfois même je chante / Comme ce soir...»

Sylvie Paquette aura chanté aussi, en lever de rideau. En robe, pour la première fois. Chacun sa révolution. De son extraordinaire album Tam-Tam, elle offre quelques titres en formule trio, guitare-contrebasse-clavier. C'est à moitié convaincant. Autant jouer seule que ne pas donner toute la richesse des versions du disque. Chouettes chansons tout de même. Et bonheur de la revoir à la fin, avec Bïa, entonnant Milord avec Moustaki. Séduites, assurément. Comme nous, une fois de plus. L'heureux homme a encore gagné.

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