Un grand disque de pop métisse québécoise!

Une kora est insérée, des choeurs wolofs répondent sur une musique très dansante. Les percussions augmentent en intensité. On est dans un univers pop si accessible qu'on se met à rêver en pensant qu'enfin une pièce pourrait devenir le premier grand succès de pop métisse québécoise. Après tout, leur pièce Lac Saint-Jeanpignon, formidable raggabékois, un ragga à la québécoise, fut la chanson de l'été partout au Lac, il y a deux ans.

En cette période de questionnement trouble sur l'identité nationale et la place de l'immigration, le groupe tranche clairement en se qualifiant lui-même de pratiquant effréné de la diversité culturelle et de chantre des identités multiples. Leur objectif: métisser le Québec, l'Afrique, les Antilles et l'Amérique latine. Leur définition: un groupe «multietnik», «électro organik», «tropicalboréa» et aussi le contraire.

Multiculturel? Interculturel? La question ne se pose plus pour eux. Tellement les membres de Ouanani font leur musique comme ils vivent. Leur Québec est celui de toutes les langues et de tous les accents. Si on entend davantage la voix de Dédé Fortin, on la décline de toutes les façons pour mieux la faire converser, jouer, alterner avec le wolof, le khassonké, le créole haïtien et l'espagnol.

Mais ce disque, si métissé soit-il, et il l'est complètement, sent profondément le Québec. Ouanani écrit ses textes, mais les mélangent autant que sa musique. Aux extraits de L'Homme rapaillé de Gaston Miron, on rajoute des mots wolofs d'El Hadj Diouf. On fait suivre ceux de Dédé par de l'espagnol: «L'homme du Nord est mort. Serait-ce le froid qui l'a tué?», lance Yousy Barbara Ruiz dans Mon âme est une arme blanche, pièce magnifiquement triste de lumière qui porte sur le suicide.

Mais les membres de Ouanani peuvent aussi être drôles, vivants, irrévérencieux. Et, preuve de leur intégration naturelle les uns aux autres, il savent jouer sur la fine ligne qui démarque le cliché sexuel de l'humour. Ils monteront du saint Mathieu en grégorien ou en reggae, s'amuseront sur une chanson faussement simpliste, se forgeront des jeux de rôle, se capteront dans la vraie vie, se donneront souvent des allures de tribu avec plusieurs voix en même temps

Musicalement, tout le nouveau Québec se pointe: du trad en samba ou en électro, du latino plus léger dans de l'électro minimaliste, des pointes de dub et de chanson, des nappes de percussions, des rythmiques sauvages, quelques sons larmoyants... Ce disque est tellement en phase avec la réalité qu'il est permis de rêver. Si Ouanani joue bien ses cartes, il pourrait devenir, un groupe majeur, toute catégorie confondue.

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Collaborateur du Devoir

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Vote etnik

Ouanani, Outside, Disponible à compter du 10 juin.