Concerts classiques - Beau, malgré les failles

Bon. C'est un concert gala, alors on se tape les discours et le retard, sans maugréer quelque part sur le fait que les concerts de Violons du Roy attachent vraiment trop d'importance à l'aspect social ce qui délaye l'attention sur la musique. La symphonie de Mozart qui ouvre le programme est vraiment très bien faite. Bernard Labadie nage dans cette partition comme un poisson dans l'eau. Les cordes, premier leitmotiv de la soirée, sont absolument extraordinaires. Pas question de retourner entendre les Musici de Turovsky maintenant que cette formation de Québec commence à bien faire son nid en murs montréalais.

Tout n'est pas parfait cependant. On le sait par les réactions du chef de l'Orchestre symphonique de Québec, Yoav Talmi, la Vieille Capitale est plus que pauvre en cor, et les Violons du Roy ne font pas exception; la soirée durant, les deux instrumentistes connaîtront plus que leur lot de problèmes — et nous les feront subir. C'est d'autant plus dommage que les hautboïstes ne sont également pas à la hauteur détonnant drôlement sur ce que le chef tire du reste de l'effectif; dans ces conditions, on est content quand les autres oeuvres ne les requièrent pas.


Je me répète, les cordes sont idéales et bellement sonores. Les clarinettes sont aussi formidables, de même que les bassons: on tient ici le standard exceptionnel sur lequel on se doit de juger cette composante de l'ensemble, comme à l'OSM. Le plus bel exemple de cette qualité fut le troisième mouvement du concerto K. 488 de Mozart, un véritable casse-gueule pour les bassons. Robert Levin a pris ce rondo à toute berzingue; dans son siège, on se demande comment le premier basson va faire pour tenir le coup. La réponse est simple: avec tout le naturel du monde, d'une technique et d'une musicalité irréprochable.


Pour la Ire Symphonie de Beethoven, l'enthousiasme fléchit. Labadie ne semble pas être musicien à humour et bonne humeur. Certes, Beethoven n'est pas toujours très subtil, mais il commande un raffinement qui a sonné hors de portée des interprètes. Premier mouvement ampoulé, second ostentatoire, Menuetto passable et finale d'un ordinaire commun indescriptible. Ces gens devraient entendre un Kurt Masur faire cela avec élégance et en tirer les leçons qui s'imposent.


Reste le soliste invité, nul autre que Robert Levin. Aucun doute possible: on tient ici un grand artiste. Les mouvements vifs sont d'une perfection idoine à ce qu'on sait de Mozart — et même davantage. Que de plaisir et d'aristocratie dans ce jeu; la seule petite chose qui cloche est qu'on sent Levin plus habitué au pianoforte qu'au piano moderne et que, physiquement, une certaine sonorité en pâtit. Les doigts sont présents, soit, mais pas la maîtrise du médium. Rien pour gâcher quoi que ce soit: ce fut assurément fabuleux si on oublie l'adagio, où Levin a trop ornementé.


Du haut de sa stature, le pianiste sait exactement quoi faire en mouvement rapide et son intelligence sidère, comme son intime alchimie avec le texte. Voulant trop jouer à la prima donna expressive en contexte réflexif, il se livre à un étalage d'extériorité qui, sans jamais tomber dans la vulgarité, ne démontre pas moins une superficialité certaine.


Il y a aussi eu une séance d'improvisation de sa part sur des thèmes suggérés par le public. Génial en ce domaine, Levin a ravi, mais fit montre d'une curieuse autosatisfaction. Pas dans l'emploi de ready-made usuels en ce style, mais un mot de sa part laisse songeur: «Curieux, ce thème [fourni par le premier basson de l'orchestre] commence sur la dominante ce qui est très rare dans ce style.» Pourtant dans ce concert — pire, dans le concerto qu'il vient de jouer! —, deux thèmes sur trois commencent sur ce dit cinquième degré de la gamme. Allez trouver l'erreur!


Néanmoins, ce fut un moment assez étonnant, surtout quand arriva le thème de fugue, tout à fait dans le style et qui fut une sorte d'acmé de l'imagination fébrile de l'instrumentiste — car on ne saurait parler de composition en ce domaine.


Ce qui s'impose est qu'on tient entre nos deux oreilles une phalange et un chef hors du commun, mais qui montrent une petite tendance «fonctionnaire» dont ils doivent se méfier. Même chose pour le soliste qui, avec le fouet d'un Gardiner par exemple, sait donner mieux, bien mieux. On ne dénigre rien ici; simplement, on sait que tout un chacun a déjà montré autre chose et que, ce vendredi soir, l'addition était moindre que la somme des parties.