Émeline Michel, la grande soeur courage

Le dernier disque d’Émeline Michel «fait suite à une résidence au Burkina Faso. Depuis quelques années, je voulais faire un mariage Haïti-Afrique, mais subtilement.» Photo: Claude St-Rome
Photo: Le dernier disque d’Émeline Michel «fait suite à une résidence au Burkina Faso. Depuis quelques années, je voulais faire un mariage Haïti-Afrique, mais subtilement.» Photo: Claude St-Rome
La plainte du blues, le grain du soul, l'intériorité du gospel et le phrasé du jazz habitent cette voix ample, souple, vibrante, sensuelle. Elle chante avec tout son corps, se fait coquine, devient alternativement grave ou lumineuse. Et Reine de coeur débute avec un clin d'oeil à l'Afrique alors qu'elle propose de vivre ses rêves. Le ton est ensoleillé, la guitare tournoyante et le rythme finit par tendre vers l'afrobeat. Une touche africaine marquera d'ailleurs une partie de la trajectoire. «Le disque fait suite à une résidence au Burkina Faso. Depuis quelques années, je voulais faire un mariage Haïti-Afrique, mais subtilement. Je me suis permis de ne pas voir les différences, mais d'aller chercher les ressemblances entre les vases communicants qui se dégagent naturellement de la route de l'esclavage», explique celle que l'on surnomme «la femme "flanm"», mot créole pour flamme.

Reine de coeur est l'album le plus luxurieux de l'ex-Montréalaise. Trente-cinq musiciens y collaborent: Beethova Obas, Daniel Beaubrun, Toto Laraque, Azor, la liste est encore longue. «Et on ne compte même pas les rencontres spontanées qui ont permis sa réalisation», précise-t-elle. Au trio percussion-basse-guitare s'ajoutent les nappes de violon et d'accordéon, les ondulations d'une flûte, l'amplitude d'un piano, sans compter les jeux de choeurs. La reine de la chanson créole explore les contrastes entre les cadences frénétiques des tambours et l'intimité d'un chant twoubadou, entre les konpas de danse moderne et les pièces simplement chaloupées, entre la force d'une chanson d'amour et la frappe d'une complainte sociale. «C'est voulu, raconte-t-elle. Il y a deux femmes en moi. Celle qui aime bien être allongée sur un piano en donnant de la voix sans bouger et l'autre qui adore laisser sortir la passion et se laisser entraîner par les rythmes.»

Ce disque, Émeline le voulait brut et vrai, saignant même, s'il le fallait. «C'est un disque passionnel et personnel. Dans Awa, je chante avec une interprète burkinabé que j'ai enregistrée sur place. Pour In Cha'Allah, je voulais capter la prière dans une mosquée, un moment de révérence hors du commun. Les histoires de certaines chansons sont vraies: l'amour maternel, l'amour blessé et l'amour de la vie les animent. Mais je me suis également permis de faire partir en voyage et de cultiver ce que nous appelons l'esprit corridor. Tu ne vas pas où les gens t'attendent. Dans le labyrinthe de l'artiste.»

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Avec la troupe Ekspresyon et le violoniste Daniel Bernard Roumain à la salle Marie-Gérin-Lajoie de l'UQAM, samedi 24 mai à 20h.

Collaborateur du Devoir

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