Concert classique - Sidérante leçon de chant

La place de meilleur concert classique de l'année 2008 à Montréal n'est plus à prendre. Elle a été glanée hier après-midi à la Place des Arts par une sidérante leçon de chant, un concert du (rarissime) calibre de ceux qui ont de quoi laisser un critique sans voix!

Le concert-bénéfice au profit conjoint de l'Orchestre métropolitain et de l'université Concordia est devenu depuis trois ans un rendez-vous «musicalo-mondain» de première envergure à Montréal. Mais, hier, il y avait bien plus que cela.

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CONCERT DE GALA

Extraits, airs, duos et trios d'opéras de Bernstein, Rossini, Verdi, Dvorák, Massenet, Donizetti, Mozart, Wagner et Richard Strauss. Renée Fleming et Diana Damrau (sopranos), Joyce DiDonato (mezzo), Matthew Polenzani (ténor), Orchestre métropolitain du Grand Montréal, dir. Yannick Nézet-Séguin. Théâtre Maisonneuve, le 5 mai 2008.

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Pour cette édition 2008, les organisateurs avaient eu la chance de ne pas avoir à déplorer d'annulation (on sait la santé des chanteurs assez fragile...), ce qui nous valait de pouvoir entendre un trio de chanteuses tout à fait exceptionnel, avec la star Renée Fleming et les deux aspirantes-stars Diana Damrau et Joyce DiDonato. Celui dont on attendait qu'il ne remplisse guère plus qu'un rôle de comparse, le ténor Matthew Polenzani, s'est avéré un diamant pur, dans les airs «Ah, lève toi soleil» du Roméo et Juliette de Gounod et «Una furtiva lagrima», extrait de L'Élixir d'amour de Donizetti.

La technique vocale de Polenzani est si accomplie qu'il est capable de filer la dernière note de l'air de Gounod en diminuendo continu sans détimbrer sa voix. Il use de la même liberté d'une mi-voix habitée sur les paroles «ah, si morire» à la fin du Donizetti.

Ces facultés techniques de très haut vol sont partagées à la fois par Joyce DiDonato et Diana Damrau. Ce que nous avions sur le plateau de Maisonneuve, hier, c'était l'équivalent musical d'une finale olympique! Et la plus belle technique est celle qui se cache derrière la musique. Qui pouvait se douter que derrière l'air «Nacqui all'affanno», extrait de La Cenerentola de Rossini par Joyce DiDonato se nichait une maîtrise du souffle absolument confondante? Et derrière les facéties interprétatives du «Glitter and Be Gay» (extrait de Candide de Bernstein) purement délirant de Diana Damrau, un contrôle de la transformation de l'air en son que ses collègues lui envient certainement. D'ailleurs en entrant en scène, juste après, Joyce DiDonato a lancé un «difficile de passer après ça!», plein d'humilité et de réelle admiration.

La voix de Renée Fleming a gagné une sorte de cuivre, qui lui donne une ampleur superbe. La chanteuse avait choisi des airs vocalement faciles et expressivement difficiles, qui demandent beaucoup de présence. Elle a été tout à fait à la hauteur de ce défi et très émouvante, ce qui ne fut pas toujours le cas dans sa carrière.

Yannick Nézet-Séguin a eu bien du plaisir, ainsi que ses musiciens, à être partenaire d'une telle orgie musicale. Le chef est presque entré en transe dans le Finale du Chevalier à la rose. À entendre ce qui se passait à côté de lui, cela se comprend... Dernier enseignement: au début du concert on a compris que la carrière du chef québécois est vraiment internationale. Il commence et termine à présent ses allocutions à Montréal en langue anglaise. Shame on you...

Collaborateur du Devoir

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