Vitrine du disque

Classique - SCHUMANN, Les Quatre Symphonies (arrangements orchestraux de Gustav Mahler). Orchestre du Gewandhaus de Leipzig, Riccardo Chailly. Decca 2 CD 478 0037. - En mars 2007, je vous recommandais le CD de Chailly, dirigeant les Symphonies nos 2 et 4 de Schumann, dans la réorchestration de Mahler. Or Decca vient d'éditer non pas le complément (Symphonies nos 1 et 3) mais l'album de l'intégrale. Pourvu que le disque isolé manquant suive... Les symphonies de Schumann sont réputées être mal orchestrées. Parmi ceux qui les ont retouchées, Mahler est le plus célèbre. Il a voulu dramatiser le discours en renforçant le rôle et la puissance des cuivres (le changement est patent dès le début de la Première Symphonie). Dans cette optique, la Troisième Symphonie est fort intéressante, même si le chef le plus captivant reste Carlo Maria Giulini (DG), qui a réalisé une mouture de son cru prenant le meilleur de Mahler et de Schumann. L intégrale confirme la suprématie de Chailly sur Aldo Ceccato (Bis), mais Decca n'a pas réussi à préserver une unité sonore entre les symphonies, confiées à différents preneurs de son. De ce point de vue, les Symphonies nos 1 et 3, assez sèches et neutres, sont décevantes. - Christophe Huss

Classique

SCHUMANN, Sonates pour piano nos 1 et 2. Scènes de la forêt. Elisso Virsaladze. Live Classics LCL 301 (Pelléas).

Pelléas distribue depuis quelques mois au pays ce disque Schumann de la pianiste Elisso Virsaladze, que nous avons été un millier à découvrir à Montréal la semaine dernière. Un millier assez stupéfait, je dois dire, tant cet art d'aller droit à l'essentiel, sans finasser mais en traduisant avec fermeté l'élan des oeuvres, est devenu assez rare de nos jours. Au théâtre Maisonneuve, avec I Musici, Elisso Virsaladze a joué le Troisième Concerto de Beethoven. Espérons que cette grande dame reviendra les prochaines saisons pour compléter un cycle. Voici donc, extrait du catalogue Live Classics, qui rassemble les amis du violoniste Oleg Kagan, mort en 1990, un CD réunissant trois oeuvres de Schumann et témoignant fort bien de la «griffe musicale» de la pianiste géorgienne. Les captations, très décentes, ont été effectuées en concert en 1973 et 1980. Comme il est fort difficile de trouver un CD recommandable regroupant les deux sonates de Schumann, cet exemple de densité pianistique et de vraie fougue maîtrisée s'impose assez facilement. - Christophe Huss

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Chanson

LE TEMPS DU LILAS, Barbara, Coffret de quatre disques, Le Chant du monde - Fusion III

La mort déterre la vie, paradoxe de la commémoration. Voyez Barbara, l'enterrée d'il y a dix ans aujourd'hui révélée par des bios, ravivée par des enregistrements retrouvés. Parmi les trésors dépoussiérés, ce coffret épatant: quatre disques débordant de Barbara vivante, incroyablement vivante, telle qu'entendue à la radio entre la fin des années 50 et jusque dans les années 90. Rien que des morceaux de choix, ponctués d'extraits fulgurants d'entrevues, dénichés par Karine Le Bail et Philippe Tétart, animateurs de l'émission Les Greniers de la mémoire sur France Musique, dans les «kilomètres de rayonnage» des archives de la radio publique française et de l'INA. D'abord les chansons inédites sur disque, dont un duo étonnant avec la vedette yéyé Frank Alamo, et même du Trenet (J'ai ta main). Et puis les ébauches, versions précédant d'un mois ou d'un an l'enregistrement connu. Et puis les temps forts de spectacles, micros tendus à L'Écluse, La Rose rouge, etc. Un parcours fascinant, et pas pour complétistes seulement: Barbara parle, Barbara chante et, à la fin, on se surprend à connaître Barbara. - Sylvain Cormier

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Chanson

MARIE MICHÈLE SE DÉFRISE, Marie Michèle Desrosiers, Éditions Galoche - Sélect

D'admirables nouveaux textes de chansons signés Clémence DesRochers. L'incomparable voix de Marie Michèle Desrosiers. Des compositeurs éprouvés: Daniel Lavoie, André Gagnon, Ariane Moffatt, trois anciens de Beau Dommage, etc. L'excellent Steve Normandin à la réalisation, aux arrangements, aux orchestrations. C'est beaucoup d'atouts. Ce n'est pourtant pas suffisant. Ce disque, dont les grands moments sont très grands (La Patinoire, immortelle en devenir!), est un disque aux défauts majeurs, produit dans une telle proximité d'amitié qu'il manque de discernement. Quelqu'un aurait dû s'apercevoir que Le Bracelet breloque, funk malaisé, brise carrément le rythme. Quelqu'un aurait dû comprendre que la Marie Michèle défrisée et la Marie Michèle qui chante Gershwin (deux fois plutôt qu'une) détonnent, que l'interprète sophistiquée nuit à la fille nature. Quelqu'un aurait dû réviser cette pochette où tous les compositeurs sont en évidence et Clémence omise. Un peu de direction artistique? Tout est là. Le bonheur de la collaboration, à ce point dénué de sens critique, confine à l'aveuglement. Dommage. - Sylvain Cormier

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Rock

Méchant méchant!, Mimosa, Local

Mimosa, la formation gagnante des dernières Francouvertes, a toujours fait les choses avec une approche «rose et noir». D'abord physiquement, avec la pochette de ce premier album, les costumes sur scène, les cheveux de la chanteuse Inès Talbi... Et musicalement aussi. Le groupe étoile, qui réunit entre autres François Chauvette (Dobacaracol, Yann Perreau), Blanche Baillargeon et Stéphane Leclerc (DJ Champion) ainsi que Gabriel Aldama (Afrodizz), offre un mélange bien dosé de «rock cabaret» hyper joyeux pouvant donner le goût de sauter sur place et de sombres et lentes mélopées aux paroles aigres-douces. Les amateurs de Vive la fête, de Diane Dufresne et de Marie Carmen époque Miel et venin (oui, oui) y trouveront leur compte. Pas de doute, ce premier effort impressionne par sa réalisation, la qualité de son enregistrement et ses mélodies efficaces. Par contre, une surdose d'intonations, de gémissements, de petits cris de fillettes, de jeux de mots hasardeux, de garçons sans coeur et d'amours tourmentées vient rapidement à bout de notre patience. Il faut croire que le rose et le noir, ce n'est pas dans notre palette. Surtout le rose. - Philippe Papineau

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Reggae

LATIN REGGAE, Artistes variés, Putumayo - Koch

Après le rock en espagnol, le reggae latino. Bob serait fier de voir sa révolution des consciences exportée de la sorte. Des jeunes et des plus vieux en reprennent l'esprit et le rythme, dont plusieurs qui ont atteint la tête des palmarès. Certains avec de formidables histoires, comme les Chiliens de Gondwana, qui ont enregistré sous la dictature, ou les Argentins de Los Cafres et les Portoricains de Cultura Profética qui sont passés par les studios mythiques de Tuff Gong. D'un côté, du reggae d'autres Amériques: du reggae roots parfois plus proche de ses racines, même avec ce grain de passion hispanique, mais aussi du reggae teinté de plus d'inflexions harmoniques latines, du reggae avec du dub, du reggae avec des choeurs inédits, plus de percussions, du piano salsa et des passages atmosphériques. De l'autre côté du spectre, de Barcelone surtout, s'ouvre le monde de la musique mestizo, qui intègre le reggae au même titre que le ska, les musiques latines ou le blues avec ses groupes fabuleux comme Amparanoia, Macaco et Radio Malanga. Et la trajectoire se termine avec Sarazino, le groupe de Lamine Fellah, un ex-Montréalais déménagé en Équateur. Belle trajectoire! - Yves Bernard

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