Musique alternative - Sur les pistes de Fly Pan Am

Comment décrire avec justesse la musique du quatuor montréalais Fly Pan Am? Du rock, certainement, mais un rock instrumental qui mise beaucoup sur les contrastes rythmiques ainsi que sur l'expérimentation dissonante. Avec un troisième album sur le très prisé label Constellation, le groupe arrive désormais à une étape cruciale. Ceux qui inventent n'ont jamais vécu (?) déstabilise sans pour autant rebuter l'auditeur. Au contraire, on avance au fil de ces longs morceaux répétitifs et accidentés avec l'impression qu'on a entre les mains un disque important. On tenait à en savoir plus à propos des méthodes de travail et de l'engagement déterminé de cette nouvelle génération de musiciens.

En marge de l'industrie dominante

La rencontre a eu lieu il y a quelques semaines alors que le guitariste Roger Tellier-Craig et le bassiste Jean-Sébastien Truchy répétaient pour le concert de Set Fire To Flames dans le cadre du FIMAV. Autour des étiquettes indépendantes Constellation et Alien 8, des collaborations et des échanges entre musiciens ne cessent d'ailleurs pas de renouveler une scène musicale particulièrement forte en ce moment à Montréal. On n'a qu'à évoquer les noms de Godspeed You Black Emperor!, Shalabi Effect, Exhaust, A Silver Mt. Zion ou Hanged Up pour s'en convaincre. Dès 1997, Fly Pan Am était en quelque sorte à l'origine de cette culture alternative en marge d'une industrie dominante. Progressivement, une quête musicale allait prendre forme. «On peut dire que chacun amène sa propre personnalité au groupe. Le processus fonctionne à quatre, à partir d'influences comme des discussions qu'on peut avoir. Ce qui fait Fly Pan Am, c'est beaucoup l'intérêt des membres pour des musiques aussi différentes que le hardcore, le psychédélique, le krautrock ou même l'avant-garde contemporaine. Dès le début, on avait en tête de brusquer les règles trop prévisibles du rock», comme le suggère le guitariste Jonathan Parant.


Après un disque éponyme en 1999 et un mini-album l'année suivante, Fly Pan Am précise toutefois ses objectifs sur cette troisième parution. Selon Roger, «il y a eu davantage de discussions autour de la table, avant même d'entrer en studio. C'est peut-être ce qui fait en sorte qu'on se rapproche encore plus de ce qu'on a en tête. Mais en même temps, nous ne voyons pas tant de différences avec les deux autres albums». Du coup, Jean-Sébastien réagit: «C'est vrai qu'on compose beaucoup sans instruments. Notre méthode de travail part d'un mode d'impressions et d'expressions. Le recours à des sons trafiqués sur bandes magnétiques brouille également certaines pistes.»


À l'écoute de Ceux qui inventent n'ont jamais vécu (?), on pense autant aux pulsations métronomiques de Neu!, à l'afrobeat de Fela Kuti ou encore au funk déconstruit des collaborations entre les Talking Heads et Brian Eno. Toutefois, Fly Pan Am n'a aucunement l'intention d'imiter qui que ce soit. Pour le batteur Félix Morel, «le plaisir est de juxtaposer des éléments pour ensuite constater le résultat. Les concerts ont aussi eu beaucoup d'impact sur la dynamique interne. On a appris à mieux maîtriser nos instruments, ce qui permet de mettre davantage en évidence ce côté sec de la rythmique qu'on préconise».


D'une référence à l'autre, le discussion glisse même du côté du cinéma de Jean-Luc Godard. Songeur, Jonathan avance même que «tout part du principe d'accepter son identité. L'exemple qui me vient immédiatement en tête, c'est le cinéma de Godard, que Roger m'a fait découvrir. Il y a dans cette pratique artistique une écoute du créateur face à ce qu'il cherche à être. On se reconnaît, particulièrement chez ce cinéaste qui travaille dans son matériel. On tente jusqu'à un certain point d'en arriver à une autocritique».


On arrive en bout de piste à la question délicate entourant Godspeed You Black Emperor! et les nombreux projets parallèles qui suscitent toutes sortes de malentendus. Roger, qui s'est joint à la formation-culte en 1998, ne cherche aucunement à éviter le sujet. «Ce qui est dommage dans toute cette histoire, c'est que certaines personnes s'imaginent des choses assez étranges. Par exemple, que les groupes sur Constellation ne sont que des projets parallèles de Godspeed, alors que c'est faux. Il n'y a aucun membre de Godspeed dans Do Make Say Think ou Hanged Up. Au fond, l'important est de créer des contacts stimulants entre musiciens. On cherchera toujours à collaborer avec d'autres. C'est en ce sens que Fly Pan Am ne peut que s'enrichir».