L'opéra au cinéma - Le Met s'enivre de son succès

Samedi, des cinémas du monde entier relayaient en direct la troisième diffusion du Metropolitan Opera pour cette saison 2007-2008: Macbeth de Verdi. Il m'apparaît important pour la grande institution de procéder urgemment à un sérieux examen de conscience à la suite de cette expérience.

On avait remarqué, lors des précédentes diffusions, une différence de philosophie majeure entre les deux «metteurs en images» des spectacles, Brian Large et Gary Halvorson. J'ai déjà plusieurs fois exprimé mon admiration à l'égard du tact du premier et mes réserves envers la nervosité du montage et les recherches de «virtuosité visuelle» du second.

Or, samedi, l'ego de Gary Halvorson est venu parasiter la diffusion de Macbeth à un point extrêmement gênant. Parmi ses bonnes idées, il y eut celle de venir scruter les états d'âme des personnages par des gros plans intéressants. Par contre, plus encore que dans Roméo et Juliette de Gounod, le sujet n'était plus la retransmission d'un opéra de Verdi, mais le Met se filmant en train de filmer un opéra.

Pour se faire, M. Halvorson s'est mis en scène lui-même, en Deus ex-machina, donnant le «top entrée» à tout le monde, y compris le chef d'orchestre. Résultat: le début de la musique «bouffé» à deux reprises à l'acte IV par des ordres de réalisation dont nous n'avons que faire. Il serait intéressant que l'on en revienne à la musique et au spectacle. Le metteur en image est un artisan à leur service, pas un super-héros!

La production du Met replaçait Macbeth au XXe siècle dans un no man's land sous la coupe d'oppresseurs (le couple Macbeth; elle assoiffée de pouvoir, lui sous son influence et devenant de plus en plus fou). Cela ressemblait beaucoup aux Balkans, le centre de gravité devenant le choeur des réfugiés «Patria oppressa», au début de l'acte IV, pris à un tempo très lent et filmé comme Kenneth Branagh filme Shakespeare (c'est-à-dire de manière appuyée). Pas forcément accompli, pas forcément révélateur, avec ses lustres dans les forêts et ces sorcières attifées en rombières sortant d'un asile, la mise en scène d'Adrian Noble «fait moderne» sans choquer les généreux donateurs.

Tout l'excès de zèle de Gary Halvorson ne pouvait heureusement pas annihiler la puissance de Maria Guleghina, en Lady Macbeth, le talent du jeune ténor Dimitri Pittas (Macduff) et la vraie présence du surprenant baryton Zeljko Lucic, membre de la troupe de l'Opéra de Francfort, que l'on n'attendait pas à ce niveau en Macbeth. Direction électrisante de James Levine, qui s'est vraiment fait plaisir au pupitre.

Collaborateur du Devoir